Pourquoi les supers-centrales d'achats font peur
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- Auteur : Y. Denjean.
Saisie par le Ministère de l'économie et la Commission des affaires économiques et sociales du Sénat, l'Autorité de la concurrence a donné son avis sur le rapprochement à l'achat dans le secteur de la grande distribution. Cet avis, qui a une portée seulement consultative, dresse un bilan sur les accords passés ces derniers mois entre les distributeurs pour créer des super-centrales. « L'Autorité relève en premier lieu qu'en l'état, aucun de ces accords n'entre dans le champ du contrôle des concentrations...» , précise en préambule le communiqué.
Si elle perçoit un effet « pro-concurrentiel », notamment au niveau des prix des articles de grande consommation, l’organisme pointe surtout une série de risques concurrentiels sur les marchés. En aval par exemple, le partage des informations qui présentent des caractères sensibles comme les contre-parties et les rémunérations qui leur sont associées génère des inquiétudes . Il peut en effet « diminuer l'incitation des distributeurs à se faire concurrence à l'aval, notamment à travers leur politique promotionnelle et ainsi impacter négativement l'offre proposée par les distributeurs aux consommateurs », souligne l'Autorité . Cette dernière indique également que ces accords incitent les nouveaux partenaires à moins se faire concurrence sur l’affiliation de nouveaux magasins. Dans leurs recommandations , les Sages soutiennent au passage chaudement le projet de la loi Macron visant à limiter la durée des contrats d'affiliation . Michel-Edouard Leclerc appréciera !
En amont, la création sur les super-centrales pourrait entraîner une limitation de l'offre, de réduction de la qualité ou de l'incitation de certains fournisseurs à innover ou investir. De même , l'Autorité évoque le risque des évictions des fournisseurs : « les accords de coopération à l'achat sont susceptibles d'entraîner une diminution des prix d'achats pour les distributeurs vis-à-vis non seulement des fournisseurs concernés par ces accords mais aussi de leurs concurrents. En effet, les baisses de prix consenties par les fournisseurs concernés par les accords peuvent conduire à une baisse du chiffre d'affaires des seconds. »
L'Autorité de la concurrence aborde aussi le sujet de la dépendance économique évoquant notamment que ces rapprochements entraînent pour certains fournisseurs des situations de dépendance à l'égard des distributeurs « dont ces derniers pourraient abuser ». L'organisme propose donc de redéfinir cet état de dépendance et modifier le dispositif permettant d’appréhender les abus sur ce point.
Enfin, l'organisme appelle à la vigilance sur certaines pratiques telles que les déréférencements ou encore aux avantages demandés sans contreparties. Bien que consultatif, cet avis pourrait sans doute apporter du grain à moudre aux législateurs.