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L'éditorial de Benoît Moreau, rédacteur en chef de Rayon Boissons

La Gauche et la grande distribution

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  • Modifié :
  • Auteur : Benoît Moreau

Les présidentielles ont beau être tout juste passées, les élections législatives de juin prochain revêtent un enjeu tout aussi important pour les distributeurs. Si les projections des analystes politiques se révèlent exactes, une majorité de Gauche devrait en effet se dégager à l’Assemblée nationale, installant un gouvernement socialiste à la tête de la France pour cinq ans. Ce qui n’était plus arrivé depuis 2002.

L’optique d’un basculement à Gauche semble plutôt bien perçue dans le secteur de la grande distribution. Il faut dire que la Droite s’est toujours méfié des distributeurs. Autant par idéologie que par pure logique politicienne. Traditionnellement, elle dispose en effet d’un socle électoral important chez les agriculteurs et les petits commerçants. C’est pour les rassurer que ses parlementaires ont adopté des textes limitant les implantations de magasins ou encadrant les relations commerciales : loi Royer en 1973, Galland et Raffarin en 1996, Sarkozy en 2005, de modernisation de l’économie en 2008…

A contrario, la grande distribution est toujours apparue comme un « mal nécessaire » pour les élus de Gauche. Au début des années 80, les socialistes avaient même largement contribué à l’essor des grandes surfaces dans l’Hexagone. Lesquelles devaient servir l’une des grandes causes nationales de l’époque, à savoir la lutte contre l’inflation des prix. Durant la campagne présidentielle, François Hollande a promis de remettre en cause la TVA sociale, tant redoutée par les enseignes alimentaires, pour ne pas briser la consommation des ménages.

Reste que ce retour de la Gauche aura aussi ses revers. En quête de recettes fiscales, la nouvelle majorité gouvernementale augmentera à coup sûr les charges et les impôts sur les sociétés. La grande distribution sera en première ligne. D’autant que son activité n’est pas sujette aux délocalisations et qu’elle emploie une part importante de salariés peu qualifiés et précaires. Ceux-là même qui ont vu leur pouvoir d’achat amputé et qui constituent un contingent non négligeable de l’électorat populaire des partis protestataires. Tout indique que le PS voudra leur donner des gages en revalorisant massivement le SMIC. Ce qui ne sera pas sans effet sur la rentabilité des groupes de distribution.