Interview

Mathilde Boulachin, figure phare du vin sans alcool

22 janvier 2021 - Chloé QUEFFEULOU

Alors que pour certains, le mois sans alcool touche à sa fin, la directrice générale des domaines Pierre Chavin, faiseur de vins sans alcool, a expliqué à Rayon Boissons en quoi cette année le « Dry january » est particulièrement porteur de sens.

Mathilde Boulachin a créé les domaines Pierre Chavin en 2010 (Béziers, 34)

Selon vous, qu’est-ce qui explique que le phénomène ait pris de l’ampleur en 2021 ?

Mathilde Boulachin : La quête de sens. Aujourd’hui les consommateurs sont attentifs à la naturalité, ce qui est bon pour leur santé et pour la planète. Ils cherchent à redonner du sens à leur consommation. Le Covid-19 a été un accélérateur de la tendance avec un souhait de retour à l’essentiel. Le Dry January a trouvé une résonance dans ce besoin.

Le contexte sanitaire particulier a-t-il modifié votre communication autour de l’opération ?

M. B. Le Dry January est un vecteur de communication pour la catégorie du vin sans alcool, un coup de boost. Il y a cinq ans, les acheteurs étaient réticents. Désormais ils ont compris le potentiel. La catégorie est en hyper croissance mais les consommateurs finaux non aguerris ignorent l’existence de telles alternatives, le Dry January permet de les faire connaître pour plus tard. Le contexte n’a fait que renforcer notre discours autour du bio, du sans sulfite ou encore du made in France. La crise sanitaire a fait écho pour une consommation saine. Plus qu’un phénomène détox, le Dry January est l’occasion de s’interroger à plus long terme sur comment on consomme et sur l’impact que cela peut avoir sur notre santé et sur l’environnement.

Le couvre-feu a-t-il, selon vous, eu un effet négatif sur la volonté des participants aux Dry January ?

M. B. Non, les bonnes résolutions sont prises. Au contraire, avec les dérives du premier confinement ayant pu engendrer une recrudescence de la consommation d’alcool et plus d’excès, les gens se sont rendus compte des abus et des conséquences que cela pourrait avoir sur la santé. C’était donc le moment de lever un peu le pied. Que l’on soit chez nous le soir, cela ne change pas fondamentalement ces prises de conscience. Au-delà même de ce mois, cela peut changer des habitudes, d’autant plus qu’avec la crise sanitaire Français ont modifié leur façon de consommer.

Avec votre vision internationale, comment se positionnent les Français vis-à-vis du Dry January par rapport aux autres nationalités ?

M. B. En France le phénomène est montant depuis cinq ans et elle est en train de rattraper le leader européen qu’est l’Angleterre. Le nord de l’Europe est, lui, profondément ancré dans le Dry January. Pendant ce mois il est par exemple hors de question de faire de la communication sur des vins. De plus, en Scandinavie le rayon est bien balisé avec un îlot central et une offre pléthorique de produits sans alcool. En Belgique cela marche fort aussi même si cela porte un nom différent (ndlr « Tournée minérale »). La France n’est donc pas le petit dernier en la matière malgré notre culture orientée vin et notre position de producteur. La catégorie du vin sans alcool pousse grâce à notre savoir-faire français de travailler le raisin, le même utilisé pour les vins. C’est une réponse à un nouvel élan de consommation, une nouvelle catégorie qui répond à des besoins clairement identifiés de consommateurs finaux mais qui n’a pas vocation à remplacer le vin.

A quoi attribuez-vous le fait que le "sans alcool "soit plutôt une affaire de femmes que d’hommes ? Est-ce le cas également dans le reste du monde ?

M. B. Les femmes y sont beaucoup plus sensibles pour de multiples raisons, les grossesses mais aussi des différences biologiques, des goûts différents. Plus de femmes que d’hommes n’aiment pas l’alcool. Elles sont aussi généralement plus soucieuses des codes physiques et du rapport à l’image. Mais aujourd’hui cela devient aussi une position affirmée de leur part et de leur libre arbitre, elles assument ce choix. Cette tendance se retrouve exactement de la même manière par exemple en Chine et au Japon à l’image de la communication qui y est faite dans les médias féminins.

 

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