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Jean-Pierre Cointreau, PDG du groupe Renaud-Cointreau

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Son nom est célèbre. Son prénom peut être moins. Jean-Pierre Cointreau ne vend pas de Cointreau. Il pilote le plus petit des principaux groupes de spiritueux français. A la tête de plusieurs entités qui affichent globalement entre 50 M€ et 55 M€ de chiffre d'affaires, ce PDG discret possède dans son portefeuille les liqueurs Pagès, Védrenne et Salers, les cognacs Frapin et Château Paulet ou le champagne Gosset. Ainsi que de nombreuses petites marques d'apéritifs ou de digestifs qui ont leurs fans ici ou là en Province. « Nous nous considérons comme une entreprise de taille intermédiaire" , tranche Jean-Pierre Cointreau, qui affectionne les marques plus que centenaires.

Pour atteindre cette taille, sa société Renaud-Cointreau - à ne pas confondre avec Rémy Cointreau - a misé depuis 20 ans sur la croissance externe. Même si ses équipes sont capables de lancer de nouvelles signatures comme l’apéritif Baume de Venus ou la spécialité Le Figuier, imaginées très récemment.

« Nous préférons reprendre des marques plutôt que de les créer » , résume le dirigeant qui a acquis entre 2006 et 2008 la gentiane Salers, la liqueur de fraise Dolfi ainsi que la distillerie des Terres Rouges en Corrèze. En 2010, le Birlou, spécialité du Cantal aux saveurs de pomme et de châtaigne, a même rejoint le cercle des apéritifs régionaux cher à ce descendant d’une famille illustre. Auparavant, en 1997, Jean-Pierre Cointreau avait réalisé un joli coup en reprenant les crèmes de fruits Védrenne à Marie Brizard. Une société bourguignonne ensuite accolée aux liqueurs Pagès, dont la Verveine du Velay en Haute-Loire.

Voilà qui dénote un bel appétit de la part de celui qui était historiquement implanté dans la région de Cognac avec Frapin puis en Champagne à partir de 1994 avec Gosset. Deux maisons qui réalisent ensemble 30 M€ de chiffre d’affaires - soit plus de la moitié des ventes de Renaud-Cointreau - et restent exclusivement destinées aux circuits traditionnels, cavistes et restaurateurs.

Avec ses filiales bourguignonne, charentaise, corrézienne, auvergnate et champenoise à gérer, Jean-Pierre Cointreau sillonne la France et doit en permanence partager son agenda. « Je ne me pose nulle part , reconnaît-il. Car j'essaye de passer un jour par semaine en Champagne, un autre en Bourgogne et un troisième à Cognac ». Le reste du temps est consacré au siège social de son entreprise, en Ile de France. Une région qui a aussi des trésors cachés avec la liqueur Noyau de Poissy. Laquelle lui appartient ! A moins que Jean-Pierre Cointreau ne soit en déplacement à l'étranger... Car son groupe est aussi largement tourné vers l'export.

Reste à savoir dans quelle région ce patron de 59 ans se sent finalement le mieux ? « On ne choisi jamais entre ses enfants » , réplique Jean-Pierre Cointreau. Au-delà de son rôle d'entrepreneur, il porte aussi un regard avisé sur l'économie des spiritueux, comme sur les aspects juridiques et réglementaires. Ex-président du syndicat des fabricants de liqueurs, son point de vue compte à la Fédération Française des Spiritueux (FFS). « La France ne valorise pas assez ses spiritueux, déplore Jean-Pierre Cointreau. C'est pourtant un élément déterminant dans la réussite de notre commerce extérieur agroalimentaire » . Près de trois milliards d'euros récoltés en 2010 par les eaux-de-vie et les liqueurs « made in France » à travers le monde. Ce n'est pas négligeable en temps de crise !

Le père du spiritourisme

Autre cheval de bataille pour le dirigeant de cette belle PME familiale : le spiritourisme. Comprenez : le tourisme de découverte économique appliqué aux alcools. « Il s'agit d'un levier très intéressant pour parler positivement des produits. L'univers des liqueurs est un monde magique par sa créativité » , argumente Jean-Pierre Cointreau.

Cette idée, inspirée par le tourisme pratiqué par les châteaux et les maisons de vin, est un peu son idée. Elle a d'ailleurs fortement inspirée le discours de la FFS ces dernières années. Il faut préciser que son Cassissium de Védrenne à Nuits-Saint-Georges (21) attire chaque année 30 000 à 40 000 visiteurs. De quoi convertir bien des consommateurs aux vertus de la crème de cassis. Un vrai travail de missionnaire pour celui qui aime porter la bonne parole.

Jean-Louis Laboissière