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Frans Eusman, président d’Heineken France

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Juillet 2009. Un soleil de plomb baigne Marseille. L’occasion, s’il en fallait une, pour Frans Eusman de déguster une bière bien fraîche. Depuis la brasserie La Valentine (13), l’un des trois sites de production d’Heineken en France, le président de la filiale hexagonale du brasseur hollandais a aussi une bonne nouvelle à fêter : l’excellence des derniers résultats. « 2008 est une année extraordinaire pour nous , se réjouit-il. Nous sommes passés en valeur devant les Brasseries Kronenbourg, leader historique sur le marché français ». Bien aidé à cela par la bivalence des activités brasseur et distributeur du groupe.

Ce Néerlandais de 47 an s n’est pas peu fier de l’événement. Dépêché en septembre 2005 par la maison mère pour relever Heineken France, Frans Eusman avait délivré à son arrivée un diagnostic des plus saignants. « La filiale était complètement surdimensionnée , se rappelle-t-il. Pour retrouver la croissance, il fallait la restructurer sans attendre ». Le changement fut brutal pour les 4 500 employés français . Suppression de multiples doublons, cession en 2008 de l’activité à marques de distributeur située à la brasserie Saint-Omer dans le Pas-de-Calais, fermeture prochaine de l’usine de Fischer en Alsace, nouvelle répartition des volumes entre les différents sites, etc. En interne, les réactions ne se sont pas faites attendre. Les syndicalistes ont planté le piquet de grève des mois durant pour tenter de limiter la casse. La pilule est dure à avaler, quand bien même certains avouent que « c ela faisait déjà trois ans que la situation s’était considérablement dégradée ».

Fait-maison

Pour autant, Frans Eusman n’est pas homme à se laisser impressionner. Sa fermeté ne doit rien au hasard. Vingt-deux années passées chez le troisième brasseur mondial en ont fait un pur « Heineken boy ». Un diplôme d’économie en poche, il obtient son premier « job » en 1987 dans la filiale de distribution d’Heineken aux Pays-Bas. L’étoile montante joue ensuite sur tous les tableaux du brasseur , de la direction de la branche Asie-Pacifique, aux finances de la filiale française en passant par les fauteuils du comité exécutif du groupe. Fin analyste, globe-trotteur et bon connaisseur des caractéristiques hexagonales, Frans Eusman n’a pas hésité une seconde à reprendre les rênes d’Heineken France. « Je n’ai pas eu peur du challenge. A cette époque, il devenait urgent que quelqu’un s’en occupe ! », tranche-t-il.

Pour l’avenir, Frans Eusman reste confiant. Sa stratégie est claire : se différencier significativement des autres brasseurs. Tant sur les marques phares du groupe, Heineken, Pelforth et Desperados, que sur l’organisation. Pas question par exemple de lâcher la filiale de distribution France Boissons comme l’ont fait tour à tour ses rivaux dans l’Hexagone. « Aujourd’hui, c’est clairement la complémentarité des activités de brasseur et de distributeur qui nous distingue de nos concurrents », affirme-t-il. De la même manière, le patron hollandais entend bien garder ses trois usines , au Nord à Mons-en-Barœul, à l’Est à Schiltigheim et au Sud à Marseille. Tout l’inverse des Brasseries Kronenbourg qui ont rapatrié l’ensemble de leur production à Obernai en Alsace. « L’ancrage régional est un atout stratégique d’un point de vue logistique , explique Frans Eusman. Les coûts de transport peuvent représenter jusqu’à la moitié du prix des bières ».

Francophone et francophile

Le financier s’est parfaitement fondu dans son nouvel environnement. Marié et père de deux enfants, Frans Eusman et sa famille vivent à Paris depuis une dizaine d’années. « La France est un super pays, qui laisse la place aux bosseurs et aux créatifs », dit-il. En plus d’être un excellent francophone, Frans Eusman est un grand francophile. A l’instar du fondateur du groupe, Freddy Heineken, qui fit de l’Hexagone la première aventure de sa marque éponyme à l’international. Aujourd’hui, la filiale française fait partie des activités les plus dynamiques du groupe, tant au niveau du chiffres d’affaires, des volumes que de l’innovation. « Il y a en France une bonne compréhension de la marque Heineken, s’enthousiasme Frans Eusman. Les autres filiales viennent d’ailleurs chercher leurs idées chez nous ».

Depuis trois ans, le président multiplie les actions via sa filiale de distribution France Boissons pour soutenir les cafetiers et revaloriser les bistrots , qu’il considère comme une des facettes du rayonnement de la France. « Le lien social et la convivialité sont des notions très importantes pour trouver son équilibre, au plan personnel comme professionnel », indique le dirigeant. Nul doute qu’il fera tout pour satisfaire les consommateurs de son pays d’adoption.

Léa Lesurf