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Le marché de la bière entre dans une phase de consolidation

Après deux ans de recul, le marché de la bière retrouve une légère croissance (+0,9 %), signe d'une consolidation plutôt qu'un rebond. Porté par les bières de spécialité et le sans alcool, il reste toutefois freiné par la fragilité du circuit CHR et une forte sensibilité des consommateurs aux prix.
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  • Auteur : Pierre Christen
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V Retour au positif ! Après deux années de recul, le marché de la bière retrouve une dynamique favorable. Selon NielsenIQ, les volumes tous circuits sont en hausse de + 0,9 %, soit plus de 1,55 milliard de litres écoulés. «C’est plutôt une bonne nouvelle », réagit Philippe Collinet, directeur de la communication externe de Brasseries Kronenbourg. Plutôt ? Deux points de vigilance tempèrent son appréciation. Tout d’abord, les difficultés du réseau des cafés-hôtels-restaurants, qui pèse un quart du marché français. Et ensuite, le faible impact d’un été pourtant plus ensoleillé qu’en 2024.

«On vit la consolidation d’un marché beaucoup plus mature qu’il y a 10 ans », commente Gabriel Venancio, directeur achats et marketing d’IBB. Plutôt qu’un redressement, une phase de stabilisation du marché s’opère. Qui ne veut pas dire statu quo. Car des tendances de plus en plus marquées sont à l’œuvre. « Cette progression mesurée s’accompagne d’évolutions structurelles fortes, notamment sur les formats », souligne André Dimopoulos, manager GMS de Ninkasi.

Le rôle moteur des bières de spécialités

Son analyse s’appuie sur la croissance de près de + 5 % pour la canette et de plus de + 4 % pour la bouteille 75 cl. Une dynamique sur laquelle les acteurs historiques capitalisent, à l’instar de 8,6 qui détient 13 % de part de marché sur la boîte 50 cl, et de Goudale et 3 Monts sur la bouteille grand format. Côté produits, « certains segments jouent un rôle d’accélérateurs », affirme Mimi Tran. Dans le détail, la directrice marketing d’Heineken en France met en relief la progression des bières de spécialités de + 11 % l’an dernier sur le total GMS, et celles du sans alcool (+ 11,5 %) et du premium (+ 15 %).

«Les bières de spécialités restent la locomotive du marché, avec toujours plus d’une bière sur deux vendues », abonde Pauline Delille, responsable marketing et communication de Brasserie Castelain. Elle cite notamment la croissance de + 20 % des bières fruitées comme des IPA, selon Circana, et la hausse de + 6 % des bières de dégustation. «Cela traduit la recherche accrue de goût et d’expérience, l’importance de la montée en gamme et la diversification des occasions de consommation », analyse-t-elle.

Quant au sans alcool, il s’agit d’une tendance de fond. Bien qu’il ne pèse que 6 % des volumes, le segment focalise l’attention tant il est prometteur. «Sa forte progression repose sur le développement de l’offre, l’activation du Dry January et l’évolution des usages avec une adoption durable de la part des Français notamment de la Gen Z», explique-t-elle.

Vigilance sur le prix

Pas de doute, la bière continue d’attirer fortement les consommateurs. «Il y a encore un gros potentiel à aller chercher à condition de répondre aux goûts et attentes des Français qui sont de plus en plus exigeants et, en même temps, pas prêts à payer trop cher », résume Matthieu Ribeyron, directeur marketing de Swinkels France.

« On a compris que le consommateur attend du prix », témoigne Mathieu Lesenne, dirigeant de la Brasserie du Pays Flamand, dont les volumes ont gagné + 25 % l’an dernier, grâce à l’appui de Brasseries Kronenbourg et de mécaniques promotionnelles plus agressives. Un levier de la promotion qui devrait être largement actionné par les brasseurs pour profiter à plein de l’effet Coupe du Monde de football.