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Portrait

Dominique Pierre, directeur général de Nicolas Feuillatte

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Depuis qu'il a pris la direction générale de la première union de coopératives champenoise en 2000, la marque Nicolas Feuillatte est passée de trois à dix millions de bouteilles, devenant même leader en GMS.

Dominique Pierre

Il est comme ça Dominique Pierre. Au moment de retracer sa vie professionnelle, il commence par dire que son métier n'est guère intéressant. Sa journée type à la direction du centre vinicole du champagne Nicolas Feuillatte consisterait ainsi à prendre le café le matin pour savoir avec qui il va déjeuner quelques heures plus tard... avant de songer au lendemain. Rayon Boissons appréciant la boutade, il enchaîne : « Sincèrement, je ne suis spécialiste de rien. J'ai la chance de pouvoir compter sur de grands professionnels au sein de la cave, de la production à la commercialisation. Moi, je ne suis là que pour animer cette équipe afin d'en tirer le meilleur. » Mine de rien, il vient de donner avec le sourire une belle définition du poste de directeur général .

Défenseur de l'actionnariat coopératif

Arrivé à la cave de Chouilly en 1995 comme directeur général adjoint, Dominique Pierre se voit proposer cinq ans plus tard la place de numéro un par le conseil d'administration . Ce souvenir lui fait prendre un ton plus grave qu'en début d'entretien. « Je n'étais pas fait pour faire ce que je fais, confie-t-il avec beaucoup d'humilité. Les deux premiers mois ont d'ailleurs renforcé ma conviction avant que des proches, partenaires majeurs de la cave, me fassent prendre conscience que ce poste était celui dont j'avais toujours eu envie. A partir de là, mon investissement a été total. » Une dose de volonté indispensable pour relever les chantiers qui s'empilent sur son bureau.

A l'époque, le changement de millénaire n'a rien d'idyllique pour Nicolas Feuillatte. « La situation financière était mauvaise et la coopération n'est pas à la fête dans le vignoble, rappelle ce champenois d'origine. Avec le président, nous avons commencé par rassurer l'environnement économique en promettant une gestion de bon père de famille. » Ce qui fût le cas avec une douloureuse restructuration de la cave tout en cherchant à maintenir la dynamique de la marque Nicolas Feuillatte . «Il était essentiel de préserver une signature qui commençait tout juste à faire son effet auprès des adhérents, pointe Dominique Pierre avant d'expliquer. Dans les années 90, le négoce se portait bien et ce n'était pas dans l'esprit des vignerons champenois de posséder une marque. » Ce fervent défenseur de l'actionnariat coopératif ambitionne alors de faire de Nicolas Feuillatte une signature majeure.

Pour ce faire, il choisit un territoire de communication qui dénote . « Inutile de s'inventer une histoire, nous n'en avons pas, souligne Dominique Pierre. Nicolas Feuillatte doit assumer son statut de marque contemporaine. » Associée à une base d'approvisionnement stable et un pragmatisme commercial où la dimension humaine fait foi, la signature a vu ses ventes décoller au cours de la dernière décennie pour atteindre près de 10 millions de cols en 2013. Ce qui en fait la troisième marque du vignoble et la première en GMS. « L'erreur serait de croire que nous sommes arrivés alors que ce n'est que le début de l'aventure » , prévient le jeune séxagénaire.

Dominique Pierre n'est pas du genre à lâcher. Pour preuve, celui qui a fait des études de droit agricole trouverait juste que l'interprofession champenoise reprenne le chemin de la communication collective . « Il ne faut pas oublier que le champagne ne pèse que 10 % des sparklings dans le monde, observe-t-il. Défendre l'appellation ne suffit pas, il faut en faire la promotion ! » Un combat parmi d'autres pour occuper des journées finalement bien chargées.

Frédéric Guyard