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Bernard Magrez, Propriétaire de châteaux

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« Vous faîtes partie de cette race de patrons qui font avancer le monde du vin. » Le 28 octobre 2009, Bernard Magrez s’adresse à Pascal Payraudeau, propriétaire du Leclerc Roques (31) lors de l’inauguration de la nouvelle cave de l’hypermarché toulousain. Devant un parterre de personnalités dont Pierre Castel - pour qui le propriétaire du château Pape Clément voue une admiration sans borne -, Bernard Magrez fait l’apologie de ces chefs d’entreprises enclins à prendre des risques. Il est vrai qu’en la matière, l’intéressé sait de quoi il parle.

Après avoir prospéré dans les spiritueux et les vins de marque, Bernard Magrez n’hésitera pas en 2004 à se séparer de William Pitters en vendant en deux temps son entreprise à Castel et Marie Brizard, pour se lancer dans le domaine des vins haut de gamme.

Stratégie enclenchée quelques années plus tôt avec le rachat de plusieurs propriétés de renom : château Fombrauge en St-Emilion grand cru et le château La Tour Carnet en haut-médoc (4ème grand cru classé). Sans oublier son fleuron, le château Pape Clément, grand cru classé des Graves, situé en AOC pessac léognan. Au total, Bernard Magrez possède aujourd’hui 32 propriétés dont 18 en Gironde, six en Languedoc-Roussillon et huit à l’étranger.

Et le fringant septuagénaire n’envisage pas de s’arrêter en si bon chemin. Depuis plus de trois ans, l’homme d’affaires est à la recherche d’un autre grand cru classé. « Il est essentiel dans ma stratégie d’ajouter une nouvelle propriété à forte notoriété pour aborder le marché mondial d’une manière encore plus efficace », explique Bernard Magrez. Trois conditions sont requises par l’homme d’affaires girondin : une propriété classée du Médoc, membre de l’Union des Grands Crus de Bordeaux et régulièrement très bien notée par le critique américain Robert Parker.

Pas de doute, le propriétaire de Pape Clément espère bien mettre un jour la main sur l’un des cinq joyaux du Médoc. Un accomplissement pour cet iconoclaste qui avoue déjà être très fier de son acquisition du château La Tour Carnet « J’avais en face de moi des héritiers issues de grandes familles bordelaises qui avaient une dimension économique plus importante que la mienne », explique Bernard Magrez. La rumeur au printemps dernier disait même qu’il était en pourparlers pour reprendre le château Latour, propriété de son ami François Pinault. Une information qu’a toujours refusé de commenter l’intéressé.

Il n’empêche que Bernard Magrez n’hésite pas à signer chacune de ses bouteilles . Caution nécessaire selon lui qui fait la différence lorsqu’un client doit faire l’achat d’un produit aussi statutaire que le vin. Perfectionniste , il ne laisse rien au hasard et applique les bonnes vieilles recettes marketing éprouvées lors de ces années à la tête de William Pitters. « Essayez, lors des foires aux vins, de trouver l’un de ses vins à un prix différent, explique un distributeur . Bernard Magrez possède l’expérience de ces industriels qui savent tenir les PVC de leur produits ». Avec le sens du détail qui le caractérise bien, les caisses bois de ses vins se distinguent par une étampe rouge assurant ainsi une visibilité optimale de ses références lors d’une mise en avant. En fin connaisseur des réseaux de distribution , Bernard Magrez ne lésine pas sur les moyens sur le plan commercial. Dégustation, soirée VIP, foires aux vins, son équipe de vendeurs est prête à répondre à toutes sollicitations des distributeurs. Et lui-même n’hésite pas à monter pas au front « Connaissez-vous beaucoup des propriétaires de grands crus qui se déplacent pour une inauguration de foire aux vins », remarque un patron de magasin.

Bourreau de travail, exigeant avec lui-même et ses collaborateurs - paternaliste voire tyrannique pour certains détracteurs -, Bernard Magrez est aussi passé maître en termes de communication n’hésitant pas à transporter dans son Falcon journalistes, prescripteurs ou clients étrangers jusqu’à Bordeaux.

Pour autant, il ne se contente pas de rester uniquement dans l’action. Ce personnage complexe se passionne aussi bien pour les vieux millésimes que des bronzes animaliers du XIXème siécle ou encore des voitures de collection. Il planche sur un nouveau projet culturel au château Pape Clément.

Grand lecteur, cet autodidacte ne cesse de vouloir comprendre le monde qu’il entoure. « La filière vins manque de visionnaire », aime-t-il rappeler. « Il cherche sans cesse à dépasser ses a priori pour pouvoir anticiper les grands changements », ajoute l’un des collaborateurs. Quant à l’avenir de Bordeaux, le propriétaire rappelle : « que les autres pays producteurs ne cessent d’améliorer la qualité de leurs grands vins et bientôt la notoriété des grands crus bordelais ne suffira plus pour conserver cet avantage concurrentiel. » Une analyse en guise d’avertissement pour ses collègues propriétaires de grands domaines bordelais.

Yves Denjean avec F.G.