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André Pecqueur, PDG de la brasserie de Saint-Omer

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En deux ans, André Pecqueur aura fait parler de lui comme jamais. En 2008, d’abord, lorsqu’en qualité de directeur général de la brasserie de Saint-Omer (62), il la rachète au groupe Heineken. Douze ans après la lui avoir vendue avec ses frères. En 2009, ensuite, lorsqu’il a investi 17 millions d’euros dans cet outil dédié aux MDD. En novembre 2010, enfin, André Pecqueur a créé la surprise en acquérant les Brasseurs de Gayant à Douai (59) , dans l’optique d’élargir son champ d’action sur le très dynamique segment des bières de spécialités. Dans le plus grand secret en revanche, il a même envisagé de racheter les eaux de Saint-Amand (59). « Mais avec la brasserie de Saint-Omer, cela faisait trop », nous a-t-il concédé.

A l’entendre, l’homme de 68 ans ne compte pour autant pas s’arrêter là . « S'il y a une brasserie à vendre, je suis preneur , commente-t-il. Mais dans la région parce qu’il faut voir ce qu’on achète. Ce qui m’intéresse c’est de faire vivre la boutique, pas de réaliser des opérations financières. » Bon financier, il l’est, nécessairement. C’est d’ailleurs sa société Financière ACP qui préside désormais la brasserie Saint-Omer et les transports Saint-Arnoult (TSA). Mais l’argent n’est pas seul guide dans ses décisions.

Le bon sens et le respect priment. Dans sa façon de conduire son entreprise et dans ses rapports aux autres, salués pour être humains. Exemple parmi d’autres : lorsqu’il a fermé les brasseries Facon et La Semeuse rachetées à la fin des années 80, André Pecqueur a assuré aux salariés, contraints de venir travailler à Saint-Omer, le transport à vie depuis Boulogne pour les uns et Lille pour les autres. « Deux salariés arrivent toujours de Boulogne tous les jours avec le mini-bus de l’entreprise » , confirme le dirigeant.

De prime abord, André Pecqueur semble privilégier les rapports simples et sincères. Dans sa bouche, « la relation de confiance » revient aussi régulièrement . « J’ai le même banquier depuis trente ans , confie-t-il. Il m’a fait confiance à mes débuts alors que le plus gros client avec lequel je travaillais avait fait faillite. Mais la suite lui a prouvé que je pouvais remplir mes engagements. »

« Dans mes affaires, j’aime taper dans la main et me dire qu’ensuite, même si rien n’est signé, tout est une question de confiance », poursuit-il. Une façon de faire qu’il partage avec un ami de trente ans, Pierre Castel, PDG du groupe de négoce en vin. A ce dernier, il a d’ailleurs vendu les Caves Saint-Arnoult (62), au moment où Heineken a acheté la brasserie de Saint-Omer.

Privilégier le service

Côté commercial, le sexagénaire mise aussi sur la relation de confiance pour pérenniser son activité. « Avec les clients, cela revient à privilégier le service , avance-t-il. Grâce aux 230 camions de TSA et à notre nouvel entrepôt de 20 000 m², nous pouvons garantir la livraison de nos produits toute l’année, même pendant les plus fortes chaleurs. Ce qui nous doit d’afficher un taux de service de 99 %. » Désormais, Saint-Omer mutualise également son transport avec les Brasseurs de Gayant . De quoi proposer une large palette de produits en une seule livraison.

Sa bonhomie n’empêche toutefois pas André Pecqueur de prendre des décisions socialement douloureuses. Du temps où il travaillait pour Heineken il a, par exemple, eu la charge de fermer la brasserie Adelschoffen. Dernièrement, les investissements réalisés pour augmenter la productivité, en passant de 95 000 à 140 000 bouteilles par heure, a aussi nécessité de licencier une des quatre équipes d’embouteillage de la brasserie de Saint-Omer. « La bagarre est très vive dans le monde de la brasserie, a confié André Pecqueur à la Voix du Nord en octobre dernier . Alors il ne faut pas regretter les investissements car c’est l’avenir. Mais nous allons nous battre pour aller chercher des clients et tenter de remettre en place la quatrième équipe. »

L’envie d’aller de l’avant est donc toujours là. Pas celle de partir à la retraite . « J’arrêterai de travailler quand je serai mort », a t-il dit un jour. Pour autant, en bon père de famille, il prépare la relève. Un de ses gendres, Gery Pourbaix, dirige depuis peu la brasserie de Saint-Omer. Un autre, Ludovic Crottier, a pris les rênes de TSA. « Mais je passe lentement le relais car les jeunes mettent du temps à apprendre ! », ricane-t-il. Un trait d’humour qui complète bien le portrait de ce bon vivant, amateur de vin et optimiste à tous crins.

Karine Ermenier