InBev ne fait qu’une gorgée d’Anheuser Busch
- Publié :
- Modifié :
- Auteur : Karine Ermenier
Enterrée la hache de guerre. Au terme de cinq semaines de conflits au cours desquelles InBev et Anheuser Busch ont tour à tour menacé de porter l’affaire devant les tribunaux, les deux protagonistes ont finalement trouvé un terrain d’entente. L’affaire s’est faite hier à 70 dollars l’action, contre 65 dollars initialement proposés par InBev. Soit une acquisition record d’une valeur de 32,7 milliards d’euros. Sous réserve d’acceptation par les instances de la concurrence américaine et européenne, le nouveau géant de la bière ainsi créé (a priori baptisé Anheuser-Busch InBev) pèsera 36,4 milliards de dollars pour 376 millions d’hectolitres. Il distancera l’Anglo-sud africain Sab Miller dont la production s’élève à 231 millions d’hectolitres pour 21 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Arrivent ensuite Heineken( 164 millions d’hectolitres pour 12 milliards de dollars) et Carlsberg (120 millions d’hectolitres pour 8,8 milliards de dollars). Plusieurs facteurs ont encouragé un tel retournement de situation. Le prix en premier lieu. L’offre d’InBev constitue une prime de 20 dollars par action par rapport au cours précédent la rumeur de rachat par le propriétaire de Leffe, établi autour de 50 dollars. Ensuite un accord à l’amiable a plus de chance de préserver la famille Busch à la tête de l’entreprise. Les termes de l’accord prévoient d’ailleurs que l’actuelle direction d’AB fasse partie du conseil d’administration du nouveau numéro un mondial. Une OPA amicale sert également les intérêts d’InBev dans la mesure où ce dernier doit compter sur la collaboration des cadres en place d’Anheuser Busch pour comprendre et conquérir le marché américain. « Cet accord renforce l'accès de Budweiser, une des marques américaines les plus symboliques, au marché mondial », a ajouté August Busch IV, pdg d’AB, pour justifier son approbation. Le brasseur belgo-brésilien table sur des synergies annuelles de 1,5 milliard de dollars à l'horizon 2011, issues d'échange de meilleures pratiques, d'économies d'échelle ou encore de rationalisation des fonctions administratives. InBev a promis de conserver toutes les usines du groupe américain. Mais les 31.000 employés craignent déjà pour leurs postes. De même que les salariés belges, aiguisés à la politique de coupeur de coûts de Carlos Brito, le dg d’InBev. Pour cette opération, InBev a bénéficié du soutien d'une dizaine de banques dont Royal Bank of Scotland, BNP Paribas et Fortis, qui lui ont fourni des engagements signés. Le groupe compte aussi sur la cession d’activités non stratégiques d’Anheuser Busch (parcs d'attractions et activités d'aluminium) pour une valeur de sept milliards de dollars. Parmi les points d'interrogation figurent le comportement de Grupo Modelo, le premier brasseur mexicain et propriétaire de Corona, dans lequel Anheuser Busch possède une participation de 50 %. Son patron a affirmé hier qu’il était en discussion avec InBev et qu’il pensait arriver à un accord. Personne n’en doute.