Thomas Amstutz, PDG des Brasseries Kronenbourg
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« Les Suisse-allemands ne sont pas reconnus pour leur nature chaleureuse. Je dois être atypique ! » Nul besoin de connaître Thomas Amstutz de longue date pour apprécier son humour. Missionné par le groupe Carlsberg pour redresser la barre des Brasseries Kronenbourg suite à leur rachat par le groupe danois en juillet 2008, ce Bernois d’origine respire la bonne humeur. Questionné sur ses motivations à prendre la tête d’une entreprise en recul sur un marché en déclin, Thomas Amstutz ponctue d’un éclat de rires : « Je ne me voyais pas passer mes journées à jouer au golf avec mes clients suisses ! » A 41 ans, cet homme jovial qui mesure près de deux mètres trouve son bonheur dans l’action. « Je m’estime trop jeune pour ne pas tenter de nouvelles expériences », ajoute-t-il. D’autant que la filiale helvète de Carlsberg, Feldschlösschen Boissons, qu’il a remis sur les rails en trois ans de direction, n’a plus grand chose à attendre de lui : « Nous avons redressé les marques et enregistré une nette croissance en terme de profitabilité », se réjouit ce quadragénaire, resté à la présidence du comité de direction. Histoire de ne pas perdre le fil avec la Suisse.
En France, la tâche s’annonce plus difficile . Prgamatique, Thomas Amstutz en a conscience. En accord avec la direction du groupe, il s’est donné trois ans pour remettre les Brasseries Kronenbourg à flot . Il en a écrit la nouvelle stratégie en quelques semaines, entouré de fidèles collaborateurs tout droit venus de Carlsberg Suisse ou d’Italie. « Il a précipité des départs pour que ça aille encore plus vite », confie un salarié. C’est donc un comité exécutif renouvelé de moitié qui a donné naissance au projet baptisé BK 2011 .
Ce dernier repose sur la relance des piliers du groupe, 1664 et Kronenbourg . Deux marques que Thomas Amstutz considère comme des pépites : « Ces produits puisent leurs racines dans l’Hexagone. Il faut le rappeler aux Français pour qu’ils retrouvent la fierté de les boire. » Le retour aux sources prévu, tant au niveau des matières premières que des bouteilles ou des promesses produits, séduit en interne. Les effets collatéraux du plan, en revanche, sont froidement accueillis.
Car BK 2011 s’accompagne d’une réorganisation totale de l’entreprise menaçant 150 emplois . « Il est vrai que nous n’arrivions plus à déterminer la responsabilité de chacun , convient un salarié. Mais nous aurions préféré que la remise à plat de l’organigramme se fasse sans casse sociale. » Sans compter que le renouvellement des équipes en plein plan de relance pose question. « On va perdre en compétences et en mobilisation du personnel » , ajoute ce cadre. « C’est là tout le challenge à relever , convient Thomas Amstutz. Mais aucune équipe en contact direct avec les clients ne change. Nous les renforçons même. »
Dans ce contexte, ce Suisse d’origine a dû apprendre à conjuguer avec le syndicalisme à la française. « Au départ, il a pensé qu’en criant plus fort que nous, il allait nous faire taire, commente un délégué syndical. Mais il a très vite compris qu’il fallait composer avec nous. Il s’est donc corrigé au fur et à mesure et nous a montré qu’il savait être à l’écoute. » Les représentants reconnaissent et apprécient son franc-parler et sa transparence. « Il est attachant et attaché aux entreprises dans lesquelles il travaille , reconnaît l’un d’entre eux. Il est d’ailleurs très présent dans l’usine et sur le terrain » .
L’homme plaît. Il rassure même. Mais sa détermination à atteindre coûte que coûte son objectif inquiète. « Il a beau être le plus sympathique du monde, il arrive tout de même avec un plan social ! », tempère un délégué syndical. Bien obligé néanmoins de reconnaître que « les Brasseries Kronenbourg n’avaient pas connu un PDG de cette envergure depuis des années ». Au sens propre comme au figuré …
Karine Ermenier