Sylvie Hénon, PDG de Bacardi-Martini France et présidente d’Entreprise & Prévention
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Concilier ce que certains pensent inconciliable. Tel est le défi que tente de relever Sylvie Hénon . Arrivée dans l’univers des spiritueux après un début de carrière dans les produits d’hygiène - deux univers plutôt distincts -, cette patronne à l’allure discrète mais au tempérament déterminé ne fuit pas ses responsabilités .
En 2004, après six ans passé chez Bacardi-Martini France dont quatre à la tête de la filiale hexagonale du N°3 mondial des spiritueux, elle prend la tête d’Entreprise & Prévention. Une association créée en 1990 et regroupant une vingtaine de sociétés qui produisent ou distribuent des boissons alcoolisées, dont une majorité de distillateurs et les deux plus grands brasseurs.
Son objectif ? Promouvoir un usage responsable du whisky, de la bière ou du vin, mettre en œuvre des actions préventives et insuffler de l’autodiscipline dans une profession souvent accusée de pousser à boire... Voire d’encourager l’ivresse des jeunes ! Comme le prétendent certaines émissions de télévision à travers leurs reportages de prime-time. Ces sujets chocs qui filment les ravages de l’alcool dans les soirées étudiantes sont le cauchemar de Sylvie Hénon. Ils ruinent les efforts de communication et font passer les « alcooliers » pour des cyniques. « La presse devrait s’intéresser à des sujets plus positifs au lieu de montrer des images négatives », déplore Sylvie Hénon qui mesure la difficulté à faire évoluer les mentalités.
Il en faut pourtant plus pour décourager cette femme de tête « active et impliquée à 200 % » comme le précise une collaboratrice. A l’aise dans un univers masculin, Sylvie Hénon attaque cette année son quatrième mandat pour une durée de deux ans chez Entreprise & Prévention. Elle tient à faire valoir son bilan. « La notion de consommation modérée est aujourd’hui bien acceptée par la profession . Chaque soirée organisée par les principaux acteurs des boissons alcoolisées fait l’objet d’un dispositif de contrôle et de prévention », insiste la présidente. Tout en précisant que « 90 % des consommateurs ont un usage qui ne pose pas de problème » .
Un bilan à défendre
Son association revendique l’installation de bornes éthylotests dans les endroits sensibles (bars, boîtes de nuit ou lieu de travail) ainsi que la création des sites Internet 2340.fr (qui indique les mesures d’alcool quotidiennes à ne pas dépasser), preventionalcool.com et alcooletparents.com. Entreprise & Prévention a également soulevé la question des femmes enceintes face à l’alcool et s’est imposée comme un interlocuteur du gouvernement et des cabinets ministériels. Un certain lobbying que ne nie pas la présidente…
Malgré ses efforts, Sylvie Hénon n’a pas convaincu La Martiniquaise, second acteur des spiritueux en France, d’adhérer à son association. Et par là-même de renforcer un budget qui tourne autour des deux millions d’euros. Idem pour les grands intervenants du vin aux abonnés absents et plus prompts à soutenir Vin & Société. Les champagnes de LVMH font malgré tout partie des marques liées à Entreprise & Prévention.
Au-delà de sa capacité à développer et porter des projets, Sylvie Hénon doit aussi faire preuve de diplomatie avec ses principaux concurrents Diageo et Pernod Ricard qui siègent à côté d’elle lors des conseils d’administration de l’association. Pas toujours facile de trinquer avec ses meilleurs ennemis. Les groupes Bacardi et Pernod Ricard étant d’ailleurs en procès au plan international au sujet du rhum Havana Club. Mais les grandes causes valent bien une union sacrée !
Devoir d’exemplarité
Reste enfin et surtout pour Sylvie Hénon à montrer l’exemple chez Bacardi-Martini . « Nous devons être irréprochables », souligne celle qui a fait installer une borne éthylotest dans le hall d’accueil de sa société. A côté, un présentoir délivre un livret d’une vingtaine de pages sur les initiatives de Bacardi-Martini « pour une consommation alliant plaisir et convivialité ». Des précautions pas incompatibles avec les performances commerciales.
Estimé à près de 300 millions d’euros hors droits et taxes, le chiffre d’affaires de cette filiale d’un groupe implanté dans les Bermudes se porte bien. Ses marques Eristoff, Get 27 et Jack Daniel’s (en distribution) ont connu le succès tandis que Martini et Bacardi progressent. « Nous cherchons plus à développer la valeur que les volumes », argumente toutefois Sylvie Hénon. Histoire de concilier rentabilité et respect des engagements.
Jean-Louis Laboissière