Pierre Pringuet, directeur général de Pernod Ricard
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« Un leader, c’est celui qui change les règles du jeu » , affirme Pierre Pringuet dans le dernier rapport annuel de Pernod Ricard. Et le directeur général du groupe de spiritueux de poursuivre : « nous mettons aujourd’hui l’accent sur la croissance organique après avoir mené une politique d’acquisitions audacieuse » . Deux ans après son arrivée tout en haut de la pyramide opérationnelle de Pernod Ricard, le successeur de Patrick Ricard voudrait-il faire la révolution ? C’est peu probable pour ce social-démocrate qui a œuvré aux côtés de l’ancien premier ministre Michel Rocard dans les années 1980. Avant de penser à conquérir des parts de marché dans ce qui est devenu - en partie grâce à lui - le numéro deux mondial des alcools.
Car avant de s’intéresser à la rentabilité du pastis, du scotch ou de la vodka, Pierre Pringuet avait tout du parfait haut fonctionnaire . Elève du lycée parisien Louis Le Grand, polytechnicien et ingénieur du Corps des Mines, il démarre sa carrière à la préfecture de Lorraine avant d’être distingué pour ses compétences en rejoignant un cabinet ministériel . Un costume de « technocrate » que ce fils de médecin abandonne après une décennie de service de l’Etat.
A l’aise avec l’économie de marché, Pierre Pringuet ne suivra pas l’aventure politique mais celle tout aussi flatteuse - sinon plus - de diriger une grande firme du CAC 40. Il ne le regrette pas. « Je n’avais ni l’âme d’un technocrate ni celle d’un politique », a-t-il confié au magazine Capital. Avec une rémunération annuelle estimée à deux millions d’euros en 2009, dont autant de fixe que de variable, Pierre Pringuet mesure aujourd’hui à 61 ans les contraintes et les avantages de servir le « privé »...
Son profil apparaît toutefois éloigné de celui de Patrick Ricard de cinq ans son aîné, retiré de l’opérationnel depuis fin 2008 et désormais président du conseil d’administration. Celui dont le père - qui ne croyait pas beaucoup aux études - inventa le « jaune » en 1932 a appris le métier sur le tas, fonctionnant souvent à l’instinct. Mais sachant s’entourer pendant ses 30 années comme PDG de Pernod Ricard de collaborateurs brillants. A l’image de Pierre Pinguet…
Doté d’un tempérament réservé et d’une allure parfois rigide, l’actuel directeur général (le poste de PDG n’existe plus) tranche en apparence avec l’attitude de Patrick Ricard. Un prédécesseur adepte du franc parlé avec les journalistes et volontiers porté sur le bon mot voire la plaisanterie. Et qui s’appelle Ricard ! Un nom qui donne des devoirs mais facilite certainement la prise de parole dans une ambiance détendue.
Cela n’empêche pas Pierre Pringuet de piloter vaillamment, et dans un contexte de crise, un groupe de plus de sept milliards d’euros de chiffre d’affaires. Les ventes se maintiennent voire progressent, la rentabilité se renforce et le désendettement annoncé se réalise. Après avoir hésité, les marchés apprécient. L’action Pernod Ricard a gagné + 17 % en 2010. Qui dit mieux ? « Les marques premium résistent aux crises. Surtout dans l’univers des spiritueux où elles servent à afficher son statut social » , répète Pierre Pringuet qui n’hésite pas à augmenter ses tarifs quand les concurrents multiplient les promotions.
Outre la profitabilité de Chivas, Absolut ou Martell, il convoite le pouvoir d’achat des pays émergents. Partisan d’une forte internationalisation du groupe quand certains de ses collègues restaient sceptiques, il profite à présent de la stratégie mise en place dans les BRIC : Brésil, Russie, Inde et Chine. « Les marchés émergents sont tout aussi rentables que les marchés matures et offrent en prime des opportunités de croissance » , résume-t-il. Une croissance interne qui pourrait lui permettre dans les prochaines années de dépasser son grand rival le britannique Diageo.
Départ programmé
Ambitieux mais prévoyant, l’ex-haut fonctionnaire qui a oeuvré au Plan a déjà planifié la fin de sa mission : ce sera en 2015, à 65 ans. Sauf événement exceptionnel bien sûr. Il aura « fait le job » et assuré une possible transition vers l’un des descendants de la famille Ricard. Laquelle possède encore 12 % des actions et près de 20 % des droits de vote. Quelques uns parmi les cousins, neveux ou petits fils du fondateur - qui ne s’appellent pas tous Ricard d’ailleurs - occupent déjà des fonctions importantes dans le groupe. Auront-ils toutes les qualités pour reprendre le flambeau ? De son côté, et loin du bruit médiatique, Pierre Pringuet trouvera alors plus de temps pour se rendre à l’opéra. Sa passion.
Jean-Louis Laboissière