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Patrick Ricard, Président du conseil d'administration de Pernod-Ricard

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Finir sa carrière sur un grand coup . C’était l’objectif - finalement atteint - de Patrick Ricard. A 63 ans, le tout nouveau retraité de Pernod Ricard vient de céder la direction de son groupe à Pierre Pringuet juste après avoir réussi l’acquisition du suédois V & S et de sa marque Absolut. Avec ses 100 millions de litres au plan international, la célèbre vodka suédoise complète à merveille un portefeuille composé de Ricard, Ballantine’s, Chivas, Malibu, Martell ou encore Jameson. Sans oublier les champagnes Mumm et Perrier-Jouët. Résultat : le groupe issu de la fusion des sociétés Ricard et Pernod en 1975 talonne à présent Diageo, le numéro un platénaire du secteur. « Quant nous disions, il y a 10 ans, vouloir être le leader mondial, beaucoup pensaient que c’était un rêve. Aujourd’hui, nous y sommes presque » , se réjouit Patrick Ricard.

Le fils de Paul Ricard a joué un rôle déterminant dans cette transformation, tout en sachant s’entourer des meilleurs collaborateurs. Discret, dénué de diplômes prestigieux et fuyant les mondanités, Patrick Ricard a assimilé la culture maison dès le berceau. Son « self-made man » de père, qui avait peu de considération pour le système scolaire, l’a placé très tôt sur le terrain . Une série de stages, de séjours à l’étranger et de fonctions diverses occupées dans l’entreprise familiale, ont forgé ses compétences. Patrick Ricard n’était d’ailleurs pas destiné à devenir le boss. Le conflit entre son père et son frère aîné Bernard, qui a claqué la porte de la société dans les années 1970, a fait de lui le véritable héritier. Son plus grand souvenir à la tête de Pernod Ricard ? « Le rachat en 1980 d’Austin Nicols aux Etats-Unis (NDLR : le producteur et distributeur du bourbon Wild Turkey) a marqué le début de l’internationalisation du groupe. Cela a été une étape clé dans notre stratégie. » Promouvoir ses marques à l’étranger tout en s’implantant localement avec le rachat des fabricants et l’utilisation de leur réseau. Cette tactique a fait les beaux jours d’un des principaux acteurs du CAC 40 qui affiche 6,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires (hors Absolut) et ne réalise plus que 11 % de ses activités en France, mère patrie du Ricard.

L’emblématique marque de pastis reste à la fois la fierté de la famille et l’une de ses plus grandes déceptions. Les efforts menés pour faire apprécier l’anis hors de l’Hexagone ont été vains. Sauf en Belgique ainsi qu’aux frontières avec l’Espagne et l’Italie pour des raisons fiscales. « J’aurais aimé faire de Ricard un Absolut français mais le goût ne passe pas », regrette le fils de l’inventeur du « jaune ». Pas de regret en revanche pour le vin tranquille français, délaissé alors que des investissements ont été réalisés en Australie, en Nouvelle Zélande et en Argentine. Le bordeaux, le bourgogne ou le vin de pays d’Oc, n’ont jamais été son cheval de bataille. Faute d’une rentabilité suffisante...

Si ce Marseillais d’origine aime toujours se montrer un verre de pastis à la main, appréciant le côté populaire du produit, cela n’empêche pas le groupe de s’embourgeoiser. Le nouveau slogan de Pernod Ricard, « Luxe en bouteille », est évocateur. A mille lieux de l’ambiance des bistrots de la Cannebière, Patrick Ricard a lancé au printemps dernier la cuvée de champagne la plus chère du monde. Du Perrier-Jouët « sur mesure » à 4 000 € le flacon ! Pour l’occasion, l’opéra Garnier avait été réservé. Et quand on lui parle d’inflation excessive sur les fines bulles, Patrick Ricard a la parade. « Il est au contraire dommage de voir encore du champagne vendu très peu cher alors qu’il est possible de le valoriser beaucoup mieux » .

Le « patron européen de l’année 2006 », selon le magazine américain Fortune, et Commandeur de la Légion d’Honneur prend ce mois-ci une retraite méritée. Il restera toutefois président du conseil d’administration pour une durée non précisée. Déchargé de l’opérationnel, il pourra aménager une transition et porter un regard avisé, « même si je ne m’exprimerai plus au nom de la société », précise-t-il. Si l’avenir du groupe s’inscrit avec Pierre Pringuet, la famille fondatrice n’est pas exclue. Son fils Paul-Charles pourrait un jour prendre les commandes. « Pour me succéder, il ne faudrait pas que le nom Ricard soit pénalisant », aime répéter Patrick Ricard. Car cet amateur d’art et de chasse aime aussi plaisanter.

Jean-Louis Laboissière