Patrick Jestin, PDG de CVBG Dourthe Kressman
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Il peut se reposer sur une solide expérience. A 52 ans, Patrick Jestin a quasiment tout connu au sein du CVBG, avec une réussite que personne ne saurait discuter. Alors, au moment de revenir sur son parcours professionnel avec Rayon Boissons, l’actuel PDG est comme à son habitude : calme, serein et très clairvoyant. « Il ne se force pas et c’est d’ailleurs plutôt agréable à vivre au quotidien, dit de lui un proche collaborateur. Mais cela ne l’empêche pas de savoir où il va et d’y mettre toute son énergie pour y arriver. » Le tout avec une obsession : inscrire le CVBG sur le long terme tout en conservant la philosophie de l’entreprise. « Malgré les changements d’actionnaires, la société a su garder sa culture d’origine : un esprit familial qui se transmet et s’enrichit à chacune des générations », explique Patrick Jestin. Pour durer, le dirigeant applique une formule aussi limpide que difficile à réaliser. « Il faut anticiper, mettre en place la stratégie, consolider et recommencer avant la fin du cycle. » C’est ce qu’il fait depuis ses débuts au CVBG Dourthe-Kressmann.
Arrivé au sein du négoce bordelais en 1987 après un passage de six ans chez l’Oréal, ce Brestois d’origine n’a eu de cesse d’œuvrer à la pérennisation de l’entreprise. Recruté par Jean-Paul Jauffret et Jean-Marie Chadronnier, ses deux prédécesseurs au poste de PDG, il commence au service marketing avec pour mission de développer la marque Dourthe N° 1, fraîchement sortie des cartons. « Ce produit était déjà le reflet de la recherche permanente de valorisation de l’amont » , rappelle Patrick Jestin.
Il a aussi la charge du développement des propriétés à l’instar du château Bellegrave avant de connaître un premier changement majeur en 1989 : le rachat de la société par Bols, spécialiste des liqueurs. Le nouvel actionnaire décide d’investir massivement avec les acquisitions des Domaines Bernard dans la Vallée du Rhône, de SNJP Pellerin dans le Beaujolais et de Girardot (vente directe aux particuliers). Patrick Jestin devient alors le directeur commercial et marketing de Grands Terroirs Associés , la force de vente dédiée aux GMS qui regroupe l’ensemble des activités vins du groupe. Cette mise en commun des synergies commerciales porte rapidement ses fruits avec un chiffre d’affaires multiplié par deux en huit ans, à hauteur de 150 millions d’euros. Suffisant pour Bols qui décide de se désengager en 1998 avec, d’une part, la cession des alcools à Remy Martin, et d’autre part, la vente du vin à… Modus Vin.
Ce nom aussi curieux qu’inconnu est celui d’un tout nouveau holding constitué de Jean-Marie Chadronnier, alors PDG du CVBG Dourthe-Kressmann, Xavier Gouvars, directeur administratif et financier, et Patrick Jestin, directeur commercial et marketing. Lesquels croient plus que jamais à un projet bordelais. « Avec les établissements bancaires, nous avons tout mis en œuvre pour que l’entreprise retrouve son identité, se souvient Patrick Jestin. C’est devenu un véritable enjeu régional avec les 200 salariés qui ont adhéré à une activité 100 % bordelaise. Car juste après ce montage capitalistique, nous avons rétrocédé les Domaines Bernard ainsi que SNJP Pellerin. »
Rapidement, les trois cadres ouvrent le capital à des actionnaires minoritaires et recentrent donc la stratégie de l’entreprise sur le vignoble girondin. Alors que la crise secoue le vignoble au début des années 2000, CVBG Dourthe-Kressmann avance à grands pas et se renforce au niveau des propriétés comme dans la distribution de grands crus, particulièrement à l’export. Patrick Jestin, désormais actionnaire et en charge du développement commercial , est – presque – en première ligne.
Il le sera définitivement en 2007. Jean-Marie Chadronnier, le plus important actionnaire non majoritaire, souhaite se retirer. « Nous avons alors fait le choix de nous adosser à un nouveau partenaire, précise Patrick Jestin. Un montage capitalistique a permis de dégager une part majoritaire dont s’est emparé le groupe Thiénot Canard-Duchêne. »
Un pas en arrière pour Patrick Jestin ? « Absolument pas, plaide-t-il. De toute manière, j’étais déjà minoritaire au sein de Modus Vin. » Surtout, il devient PDG de CVBG Dourthe-Kressmann et un nouveau projet s’offre à lui, encore une fois. « Thiénot est en outre un groupe familial avec une vision à long terme. Ce qui ouvre de formidables perspectives, se réjouit Patrick Jestin. Celles de développer le couple Bordeaux-Champagne à l’international n’est pas la moins motivante. » Le PDG a bien l’intention d’écrire de nouvelle pages de l’histoire du CVBG Dourthe-Kressmann. Sereinement...
Frédéric Guyard