Michel Haag, président de la brasserie Météor (67)
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Casquette noire, blouse blanche ... Par une belle matinée d’hiver, Michel Haag endosse une nouvelle fois son costume de guide. Sans jamais se lasser, il se lance à la visite de la brasserie Météor qu’il préside avec passion depuis 1975. Installé à Hochfelden (67) en Alsace depuis 1640, le site de production abrite toujours la maison familiale dans laquelle il a grandi. Il y a même vécu avec son épouse Yolande, directrice des relations extérieures de la brasserie, et leurs quatre enfants jusqu’au début des années 90. Avant de déménager à 300 mètres ! « Ces habitations ne sont plus occupées. L’une sert encore parfois de résidence secondaire pour ma sœur qui vit à Zürich, tandis que l’autre partie est utilisée comme salle de réunions », confie Michel Haag.
Devant ces bâtiments chargés d’histoire, on comprend vite pourquoi ce brasseur d’une lignée de sept générations connaît son entreprise dans le moindre détail . Aucune date d’installation de machine, ni aucune cadence ne lui échappe ! « Nous disposons de deux chaînes de sous-tirage, l’une de 45 000 bouteilles / heure et l’autre de 20 000 bouteilles / heure, d’une chaîne d’enfûtage qui conditionne 130 000 hl de bières à l’année ainsi que de la ligne de mini-fûts la plus performante de France avec une cadence de 200 fûts par heure» , affirme-t-il. De quoi, au total, produire plus de 500 000 hectolitres de bières par an .
Importance de l’outil de travail
Pour ce diplômé de l’Ecole Polytechnique de Zürich, le procédé de fabrication n’a pas de mystères. « Mon père était brasseur dans l’âme. Pour lui, l’outil de travail était plus important que le commerce. Il m’a transmis cette passion et cette nécessité de veiller aux installations. » De ce fait, l’investissement industriel est inscrit dans les gênes des Haag. Avec la compétitivité commerciale, il est même le garant de l’indépendance de la brasserie. C’est d’ailleurs ce qui motive Michel à réinvestir 10 % de son chiffre d’affaires chaque année dans l’outil de production et le marketing. Dernier chantier en date : la mise en route en mars dernier, de huit nouveaux tanks de fermentation, pour un investissement de quatre millions d’euros.
Sur son smartphone, le sexagénaire conserve les photos du convoi. « Ces tanks de 20 mètres de haut et de cinq mètres de diamètre ont mis trois jours à arriver de Schiltigheim, à trente kilomètres d’ici », s’étonne-t-il encore en surplombant ces monstres de métal depuis la passerelle extérieure. Cet endroit offre d’ailleurs un beau spectacle : celui de la forêt noire, au loin, et du canal de la Marne au Rhin, en contre-bas. Mais aussi celui d’une cigogne sédentaire venant se poser sur son nid ! « Je la vois de mon bureau et la considère comme un porte-bonheur. » Hautement symbolique, cet échassier rappelle l’attachement viscéral que les Haag portent à leur région d’origine, l’Alsace.
Une pils depuis 1927
Ce patriotisme rencontre d’autant plus d’échos auprès des médias et des consommateurs que Météor est désormais l’une des dernières brasseries indépendantes d’Alsace . « Dans mon enfance, il en existait encore 21 », se souvient Michel Haag. Les ventes de bières à marque Météor s’en ressentent : + 5,5 % en 2011. La lager a gagné des référencements, tandis que la pils a été complètement relancée. « Il s’agit du fleuron de l’entreprise, lancé en 1927 par le grand-père de Michel Haag en rentrant d’un voyage en Tchéquie », explique-t-on chez Météor. La nouvelle bouteille développée pour l’occasion est d’ailleurs gravée Louis Haag.
Les bières saisonnières de Noël et de printemps expliquent ensuite le reste du succès de la gamme Météor. « Il n’est plus question de marteler plein de petits clous avec des petits marteaux , affirme Michel Haag de façon imagée. Nous devons concentrer nos moyens sur quelques produits prioritaires. » Muse et le Panaché du Brasseur n’en font pour l’instant plus partie.
Depuis un an et demi, Michel Haag a nommé Philippe Généreux au poste de directeur général. En attendant de passer le relais de la présidence à l’un de ses fils. Alexandre et Edouard sont déjà actifs au sein du conseil d’administration. Le premier devrait quitter Paris ou le second San Francisco pour prolonger d’ici deux ans la saga Haag à Hochfelden. « Mon père a pris sa retraite à 75 ans », tient néanmoins à préciser Michel Haag. Rien ne presse alors !
Karine Ermenier