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Portrait

Michel Chapoutier, président d’Inter Rhône et négociant

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Connu pour ses positions tranchées, le nouveau président de l’interprofession rhodanienne doit désormais rassembler autour de sa feuille de route. Au programme : encourager la nouvelle génération de vignerons et assurer le développement économique du vignoble.

Chapoutier article

« Audacieux », « impétueux », « provocateur », « anticonformiste » … S’il fallait caricaturer Michel Chapoutier d’un coup de crayon, il n’y aurait pas de meilleurs adjectifs. Du moins, si l’on s’en réfère à ceux qu’emploie son entourage professionnel pour le qualifier. « C’est aussi un visionnaire, qui a une bonne connaissance des marchés internationaux et un stimulateur d’équipes » , confie l’un de ses collaborateurs. Le 7 novembre dernier, le célèbre négociant rhodanien basé à Tain (26) a été élu président d’Inter Rhône , l’interprofession des vins de la vallée rhodanienne. Un résultat sans surprise, Michel Chapoutier se trouvant, en effet, être le seul postulant en titre.

Les candidats, il est vrai, ne se bousculent pas au portillon tant la charge monopolise l’emploi du temps. « Dans notre filière, nous pouvons participer aux décisions stratégiques, c’est une chance, il faut la saisir » , a indiqué le jour de son élection celui qui est, par ailleurs, président de l’Union des maisons et marques de vins (Umvin) et de l’organisme de défense et de gestion (ODG) de la prestigieuse appellation hermitage.

Son arrivée à la présidence d’Inter Rhône est empreinte de symboles. Michel Chapoutier est le deuxième négociant à embrasser la fonction, après Michel Bernard et le premier à venir du « Nord » , à savoir de la vallée du Rhône septentrionale réputée pour ses grandes maisons comme Jaboulet, Guigal et… Chapoutier. « À l’origine, il s’agissait de producteurs. Ils sont devenus négociants par la suite » , rappelle-t-il.

Selon lui, l’opposition du négoce à la production relève du combat d’arrière-garde. Pourtant, en mai dernier, il a ravivé la querelle lors d’une conférence de presse organisée par l’Umvin , à la veille de la présentation du plan stratégique de la filière viticole au ministère de l’Agriculture. Considérant que les négociants ne sont pas suffisamment impliqués dans la gouvernance de la filière, il a réclamé qu’ils soient davantage associés à la gestion des droits de plantation. Opération réussie ! Le négoce sera consulté à travers les interprofessions pour avis.

À la tête d’Inter Rhône, il va devoir rassembler les deux familles. Ses propos du mois de mai dernier ont suscité l’inquiétude d’une partie des producteurs rhodaniens sur sa capacité à y parvenir. « Michel sait jouer collectif et n’hésite pas à mouiller la chemise, dit de lui Guillaume Ryckwaert, le directeur général de Raphaël Michel, devenu trésorier d’Inter Rhône. Quant à l’intéressé, il souligne : « je défends des vues économiques, pas des acquis sociaux. »

Rester en phase avec le marché

Parmi ses analyses, Michel Chapoutier met en garde par exemple une trop forte valorisation de l’AOP côtes-du-Rhône régional : « les prix de cette dernière doivent rester en phase avec le marché. » Lors de l’assemblée générale élective, il a tracé les grandes lignes de son programme pour les trois années à venir. « Il faut encourager nos jeunes à suivre des formations à l’étranger en favorisant les échanges linguistiques avec des universités étrangères » , explique Michel Chapoutier.

Il souhaite aussi développer le rôle et les outils de pilotage en vue « d’une orientation maîtrisée de la filière » . Si son franc-parler ne fait pas toujours l’unanimité, ses pairs saluent en revanche sa réussite professionnelle. Il a repris l’entreprise familiale, alors en difficulté, en 1990, multipliant le chiffre d’affaires par vingt en 20 ans pour le porter à 45 millions d’euros. Sa devise : « Fac et Spera » (Fait et Espère) est à l’image du nouveau président d’Inter Rhône.

Chantal Sarrazin