Jean-Pierre Cayard, PDG de La Martiniquaise
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Vous venez de finaliser l’intégration des spiritueux de Boisset*. Qu’apportent ces nouvelles marques à votre groupe ?
Cette opération permet de nous développer sur des marchés où nous étions peu ou pas présents comme le pastis avec le numéro trois du segment Duval ainsi que sur la crème de cassis de Dijon avec le leader L’Héritier-Guyot. Le cassis nous apporte aussi du potentiel à l’export en Allemagne, en Belgique et en Suisse tout comme la marque Saint-Raphaël en Belgique et au Canada. Nous reprenons également la société belge Bruggeman qui appartenait à Boisset et qui nous permettra d’avoir un réseau de distribution dans ce pays. L’export devient désormais notre priorité.
Sur les 810 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisés en 2008 par La Martiniquaise, a quel niveau se situe l’export ?
L’activité internationale du groupe représente 35 % des ventes et progresse de + 20 % contre + 10 % pour la France. Nous avons une filiale importante en Espagne et une autre au Portugal. En plus du réseau belge, nous allons bientôt distribuer nos marques au Royaume-Uni grâce aux équipes de Glen Moray, distillerie que nous avons rachetée à l’automne dernier. Pour le reste, nous avons des ambitions importantes en Europe de l’Est, notamment en Russie, tout comme en Chine et au Vietnam avec le rhum Saint-James, la vodka Poliakov et surtout le whisky Label 5.
Concernant le whisky, où en est le projet de création d’une distillerie en Ecosse afin de sécuriser vos approvisionnements en scotch ?
Le whisky est essentiel pour nous et nous continuons d’investir en Ecosse. Après la création de chais de vieillissement et de lignes de conditionnement à Bathgate près d’Edimbourg en 2004, nous avons acquis la distillerie de malt Glen Moray l’année dernière et démarrons la construction d’une distillerie de grain qui sera opérationnelle en juin 2010. 80 millions d’euros d’investissements productifs auront été réalisés sur six ans. Nous serons ainsi vraiment autonomes pour produire nos scotchs à partir de 2014.
Envisagez-vous de réaliser de nouvelles acquisitions dans les alcools, voire d’intégrer du vin ou du champagne ?
Nous regardons les opportunités qui se présentent dans les spiritueux, y compris à l’international où certaines marques locales et leur réseau pourraient nous permettre d’approcher de nouveaux pays. En revanche, l’univers du vin et du champagne ne nous intéresse pas, mis à part quelques accords de distribution pour des partenaires. C’est un métier différent du nôtre.
Pernod Ricard, votre principal concurrent en France, souhaite vendre « du luxe en bouteille » selon son expression. Votre stratégie semble bien différente car elle s’appuie plutôt sur le prix ?
Pernod Ricard peut certainement se permettre cette orientation compte tenu de son portefeuille et de sa dimension internationale à près de 90 %. Pour notre part, nous ne parlons pas de stratégie axée sur le prix mais nous assumons un positionnement sur le cœur de marché. Le registre du prix reste celui des MDD et de l’entrée de gamme où nous sommes d’ailleurs fabricant. Nous voulons investir sur nos marques en communication pour générer de la valeur ajoutée. Une structure nommée BLMD pour Bardinet La Martiniquaise Distribution vient même d’être créée afin d’animer le circuit des discothèques et créer de l’image.
Un mot sur la crise qui a eu lieu aux Antilles et ses conséquences sur le marché du rhum en Métropole…
Il y a aura deux types de répercutions. D’une part, un gros retard dans les livraisons en Métropole avec certainement des ruptures en magasins du fait des stocks plutôt limités dont disposent les distributeurs sur le rhum. D’autre part, un renchérissement des coûts de production plus ou moins important selon l’issue de la crise.
*Marques Duval, Casanis, L’Héritier-Guyot, Saint-Raphaël, Avèze, Valauria, Manor et Rapha.
Propos recueillis par Jean-Louis Laboissière