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Jean-Claude Boisset, PDG du groupe Boisset

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Pour dresser le portrait de Jean-Claude Boisset , il ne faut guère compter sur l’intéressé. Le président du groupe éponyme a horreur de se retrouver sous les feux des projecteurs. « Que ce soit dans la presse ou dans les manifestations officielles, il préfère rester en retrait » , note l’un de ses collaborateurs. A titre d’exemple, lors de l’inauguration de L’Imaginarium, site exceptionnel situé à Nuits-Saint-Georges (21) et dédié au crémant de Bourgogne, le maître des lieux se tenait à distance du gratin local pourtant venu pour l’occasion. Idem sur les salons professionnels. « Les visiteurs étaient toujours très surpris d’apprendre l’identité de « l’élégant monsieur », muré au fond du stand », se souvient un ancien commercial de la maison.

Sur Internet, il existe bien un site JC Boisset, mais celui-ci est dédié aux vins du même nom. On y trouve toutefois quelques lignes sur le patron écrites par ses enfants, Jean-Charles et Nathalie. Lesquels reviennent brièvement sur le parcours de leur père sans même pouvoir disposer d’un cliché à mettre en ligne. C’est donc sans surprise que le négociant bourguignon a repoussé nos avances d’interview. « Je préfère que vous parliez de mes vins plutôt que de moi » , a répondu Jean-Claude Boisset par l’intermédiaire de son service de communication.

Pourtant, son parcours mérite d’être conté. Car dans un vignoble aussi traditionnel que la Bourgogne, où la transmission familiale est encore de rigueur, Jean-Claude Boisset a tout chamboulé. Au point d’en devenir le leader incontesté, avec un chiffre d’affaires consolidé d’environ 265 millions d’euros.

En 1961 , âgé de 18 ans, ce fils d’instituteurs revient de son service militaire avec une seule idée en tête : devenir négociant en vins. Avec quatre appellations en poche sur son tarif, il se lance dans la commercialisation avant de racheter quelques années plus tard des terres à Gevrey-Chambertin. « Ce fût l’un des premiers à acheter des bouteilles et à les habiller lui-même dans le jardin de ses parents » , rappelle un observateur privilégié de sa réussite.

Rapidement, il part prospecter les marchés anglo-saxons, européens puis américains sur lesquels il comprend vite que le business est florissant et, surtout, à forte valeur ajoutée. Le succès est au rendez-vous et l’activité ne cesse de se professionnaliser au fil des décennies : site de production, force de vente, marketing, communication...

En 1990, la maison Boisset réalise 75 millions d’euros de chiffre d’affaires . « Jean-Claude Boisset a montré aux Bourguignons sa volonté d’entreprendre, témoigne un concurrent. Alors que les autres négociants se reposaient sur l’histoire, lui a décidé de bâtir l’avenir. » Ce qui a eu le don d’agacer de nombreux héritiers du vignoble. C’est maintenant de l’histoire ancienne, plus personne ne pouvant lui contester son statut de « boss du vignoble ».

Mais pour y parvenir, Jean-Claude Boisset ne s’est pas appuyé sur sa seule envie. Il a prouvé plus d’une fois qu’il possédait un sens des affaires pour le moins aiguisé. En 1992, quand il se lance dans la course à la croissance externe via l’acquisition de Bouchard Aîné et Fils, il ne commet pas beaucoup d’erreurs de casting. « Toujours au bon endroit au bon moment », dit un ancien directeur de filiale.

Le trésor de guerre des alcools

Son meilleur coup restera certainement celui des alcools. La rentabilité des spiritueux et des apéritifs l’encourage à se constituer un portefeuille de produits de plus en plus étoffé dans les années 1990. Il revendra l’intégralité de ses marques à La Martiniquaise, empochant au passage une plus-value qui lui sert aujourd’hui de trésor de guerre.

Mais sa fortune, il la doit aussi à son talent de gestionnaire . « Il maîtrise parfaitement tous les coûts de production, explique un commercial. Chaque produit est décrypté dans le moindre détail pour tenter d’accroître la marge. » Pas question en effet de gâcher ! D’ailleurs, ses collaborateurs, actuels ou passés, ont tous en mémoire quelques unes de ses colères légendaires à propos d’un gaspillage, aussi futile soit-il. « Une feuille non imprimée sur les deux faces et jetée à la poubelle suffisait à l’irriter » , s’amuse un ancien cadre. Une note de téléphone trop élevée ou le non respect des places de stationnement de l’entreprise peuvent aussi le fâcher. Un parking sur lequel il gare une modeste C3 Pluriel, gardant ses voitures de luxe pour d’autres occasions. Seul son chapeau, accessoire indissociable de Jean-Claude Boisset, en fait un conducteur de Citroën qui ne passe pas inaperçu.

Frédéric Guyard