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Christian Delpeuch, directeur général de Ginestet

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L’une des figures de Bordeaux tire sa révérence ! Christian Delpeuch, directeur général de Ginestet depuis 1991, quitte ses fonctions fin février cédant ainsi sa place à Denis Merlaut, également président du groupe Taillan. Passionné par les voyages, ce jeune retraité de 62 ans va pourvoir sillonner la planète et notamment l’Asie et le Brésil. Un pays pour lequel il voue une véritable passion. Le « Lula de Bordeaux », comme l’avait surnommé en 2005 le journal l’Expansion à cause de ses rondeurs et de sa barbe hirsute poivre et sel, n’envisage pas pour autant de s’éloigner des berges de la Garonne. Christian Delpeuch va prochainement prendre la présidence de l’Institut Scientifique de la Vigne et du Vin (ISVV) . Financé majoritairement par la région Aquitaine, le plus grand pôle de recherche européen sur le vin réunit différentes unités comme la faculté d’œnologie ou encore l’Inra… L’objectif pour les acteurs bordelais est de reprendre le leadership mondial dans les domaines de la recherche viticole et œnologique. « Je souhaite notamment créer des ponts entre ces organismes scientifiques et les entreprises de la filière, explique Christian Delpeuch . Ce projet est un formidable challenge pour Bordeaux. »

Le goût du challenge reste intact chez cet homme de 62 ans qui commence sa carrière en 1968 dans le vignoble de Cahors . Responsable de laboratoire chez le négociant Lucien Reuteunaer, Christian Delpeuch vit de l’intérieur le renouveau de l’appellation cadurcienne. Mais après six ans de bons et loyaux services, il s’installe comme caviste à Terrasson-la-Villedieu en Dordogne . Trop à l’étroit dans son Périgord natal, il quitte six ans plus tard sa région pour intégrer le groupe Castel Frères où il prend respectivement la direction des sites d’Orléans (45) et de Villefranche-sur-Saône (69). « J’ai vécu une formidable expérience aux côtés de Pierre Castel, explique l’intéressé . J’ai énormément appris tant sur le commerce du vin que sur le management. »

Des compétences qu’il ne cessera de mettre en application plus tard. « Christian Delpeuch a cette faculté de faire beaucoup de choses avec peu de moyen, souligne l’un des ces anciens collaborateurs de Ginestet . Il tient ça de son expérience précédente au cours de laquelle il a appris à se débrouiller seul. Il a aussi cette capacité à mobiliser et motiver son équipe pour atteindre ses objectifs. »

Arrivé à la tête de Ginestet en 1991 , il contribue au développement de la filiale du groupe Taillan. Le chiffre d’affaires passera en quelques années de 20 millions à 100 millions d’euros via une hausse des ventes à l’export (60 % du CA en 2008). Acteur majeur des grands crus, cette maison de négoce a aussi bénéficié du bel essor des prestigieuses étiquettes. Lesquelles représentent aujourd’hui en moyenne près de 40 % de l’activité de l’entreprise. Plus en amont, Ginestet a également accompli un gros travail visant à mieux sécuriser les approvisionnements dans le vignoble. « En 1992, nous avons établi des partenariats avec plusieurs domaines viticoles suivant une chartre qualité, se souvient Christian Delpeuch . A l’époque, cette démarche était particulièrement novatrice. » Aujourd’hui, Ginestet travaille avec une quarantaine de propriétés bordelaises.

Fort de son expérience et de sa connaissance de la filière, Christian Delpeuch se retrouve naturellement propulsé à la tête de l’Union des Maisons de Bordeaux en 2001 . Dans le cadre de la présidence alternée de l’interprofession, il succède à Jean-Louis Trocard au Comité Interprofessionnelle des Vins de Bordeaux (CIVB) en juillet 2004 . « La situation était délicate car le vignoble connaissait une crise de surproduction », analyse Christian Delpeuch. L’année suivante, il fait adopter le plan Bordeaux. Un véritable remède de cheval qui prévoit entre autres de limiter les rendements à 50 hl et d’arracher autour de 10 000 ha. Seulement 4 000 ha seront réellement supprimés.

Homme d’action, le futur ex-directeur général de Ginestet, président du CIVB, a également mouillé sa chemise en allant au contact des producteurs, dans des ambiances souvent hostiles, lors d’assemblées générales. « Il était important de leur parler franchement sur l’état du vignoble, déclare Christian Delpeuch . Je pense avoir contribué à une prise de conscience collective en disant que Bordeaux ne produisait pas des vins en phase avec les attentes des marchés. » Las de l’immobilisme de la filière, il jettera l’éponge au bout de deux ans de mandat. Ce découragement n’a pas pour autant entamer sa passion pour les vins de Bordeaux qu’il continuera à défendre et promouvoir. Que ce soit à la tête de l’IVSS que lors de ces prochains voyages…

Yves Denjean

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