Carrefour axe sa stratégie 2030 sur le prix et les produits frais
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- Auteur : Agathe Lejeune avec Frédéric Carluer-Lossouarn
Alexandre Bompard a dévoilé devant la presse ce mercredi 18 février le plan stratégie 2030 du groupe Carrefour.
Marquer sa différence sur le frais
Carrefour entend prendre le sujet des produits frais traditionnels à bras le corps. Pour faire venir les clients et générer du trafic en magasins, ce n’est pas un secret, les rayons trad au carré et attractifs sont clés. Carrefour vise 50 % de taux de pénétration en fruits et légumes d’ici 2030 contre 41 % en 2025. Et 20 % du CA frais réalisé en traiteur et solutions repas. Comment ? « Face au développement rapide de nouveaux acteurs, je veux que Carrefour se positionne sur le frais spécialiste en nous appuyant sur des partenaires de haut niveau », explique Alexandre Bompard.
Carrefour va s’inspirer tout d’abord de Marché Frais by Carrefour. Objectif de 10 hypers Carrefour transformés sur ce modèle à horizon 2030, dont 7 opérés en franchise par le groupe Marché Frais.
Autres compétences que va chercher Carrefour : celle du groupe Blachère, détenteur de l’enseigne Mangeons Frais. Le concept est celui d’un multifrais sur une surface de 200 à 500 m², à l’ambiance entrepôt, ouvert aux particuliers et aux professionnels. Carrefour prévoit 200 concessions de fruits et légumes en hypers et supermarchés. « Nous avons déjà testé ces corners concédés au groupe Blachère dans une trentaine de nos magasins, signale Alexandre Bompard. Dans ces magasins, le poids du frais est plus important et le NPS plus élevé. On va apprendre ces bonnes pratiques, les déployer. »
Carrefour compte aussi sur le développement de Match, autre enseigne à l’image forte sur le frais. L’objectif est de déployer l’enseigne plutôt concentrée dans le nord et l’est. « Fort d’un parc de 114 magasins, Match lancera un nouveau concept avec une offre portée à 80 % de frais, contre 45 % aujourd’hui. Notre ambition est claire : atteindre ainsi 160 magasins Match à horizon 2030 », indique le PDG de Carrefour. Ce choix de porter la part du frais à 80 % chez Match laisse supposer l’émergence d’un nouveau concept directement concurrent de celui de Grand Frais. Une réaction salutaire et dynamique mais sans doute tardive de la part de Carrefour, son concurrent comptant déjà 339 magasins un peu partout en France.
Regagner en compétitivité prix
Sur les prix, Alexandre Bompard veut marquer les esprits : « En France, admettons-le, historiquement Carrefour n’a pas toujours été constant dans sa politique de prix. C’est désormais le passé et je prends devant vous l’engagement d’améliorer notre compétitivité prix chaque année sur toute la durée du plan. » En France, le distributeur s’appuiera sur l’indice « Distriprix Net », les prix observés en drives de A3Distrib by NielsenIQ, pour améliorer son image prix.
Carrefour veut « garantir une compétitivité prix durable et visible au consommateur » et prévoit aussi le lancement de 200 produits MDD à prix coûtant pour les clients encartés. Et ce, dès la semaine prochaine.
En revanche, le test en France de son enseigne discount brésilienne Atacadão — 1 seul magasin depuis juin 2024 à Aulnay-sous-Bois (93) — ne semble pas être probant. « Je suis très content de l’avoir testé sur le marché français, cela nous donne beaucoup d’indications sur des catégories qu’on ne connaissait pas bien. Nous n’avons pas de projet de développement à date en France », glisse Alexandre Bompard.
Carrefour veut continuer d'améliorer son image prix dans les quatre prochaines années.
Moderniser et franchiser
« Le groupe acte tout d’abord son recentrage sur trois marchés cœur, la France, l’Espagne et le Brésil, où nous possédons des positions de leadership et le plus fort potentiel de création de valeur. Sur ce périmètre clarifié, nous nous fixons une feuille de route exhaustive et granulaire pour gagner la bataille du client, consolider la croissance de nos magasins et tirer tous les bénéfices de notre avance dans l’intelligence artificielle », souligne Alexandre Bompard.
En France, pour entretenir et moderniser le parc de magasins, Carrefour prévoit une enveloppe de 200 M€ par an pour les hypermarchés. Pour gagner en rentabilité au m², le groupe compte aussi réallouer entre 5 et 10 % de la surface de vente au profit de rayons porteurs comme le frais, les surgelés mais aussi la maison, l’animalerie ou la parapharmacie. « Notre offre en hypermarchés a longtemps été trop statique, reconnaît Alexandre Bompard. Elle doit être en mouvement pour capturer tous les foyers de croissance, notamment dans les univers du non-alimentaire. Nos nouvelles parapharmacies, animaleries et espaces maison génèrent des croissances à deux chiffres. Nous les déploierons à grande échelle. Et demain, ce seront la seconde main, un textile revisité, le sport et bien d’autres. »
Côté e-commerce, 100 % de l’offre PGC sera disponible en drive pour la fin de l’année. Et Carrefour vise 40 % de part de marché en livraison à domicile pour 2030 (20 % en drive contre 15 % aujourd’hui).
La franchise, elle, va s’accélérer chez Market avec 40 passages par an. Mais aussi 50 ouvertures ou ralliements à horizon 2030 pour l’enseigne de supermarchés. Même logique avec la location-gérance et 15 hypers à la relance concernés en 2026. « Pour nos hypermarchés en perte structurelle, la location-gérance a fait ses preuves, tranche Alexandre Bompard. Nous devons garder le cap et nous passons donc 15 hypermarchés en location-gérance en 2026. » Les 15 hypers concernés seront principalement des ex-Casino, peut-être des ex-Cora, la liste n’étant pas encore arrêtée selon Carrefour.
Côté proximité, l’objectif est de 1 000 magasins supplémentaires en France pour 2030.
Le magasin Carrefour de Metz (ex-Cora) sera-t-il bientôt concerné par un passage en location-gérance ?