Faut-il interdire la vente d'alcool en temps de confinement ?

20 avril 2020 - Ugo BRUSETTI

Vendredi dernier, le préfet du Morbihan a pris un arrêté interdisant la vente à emporter d’alcools forts jusqu’au 11 mai prochain. Quelles sont les bonnes mesures à adopter ? Éléments de réponse avec de nombreux cas concrets.

Dans ce supermarché Casino situé à Sarzeau (56), une partie du rayon spiritueux est désormais fermée.

C’est une décision qui interpelle. Vendredi 17 avril, le préfet du Morbihan, Patrice Faure, a pris un arrêté interdisant la vente de boissons alcoolisées des groupes IV et V (whiskies, rhums, vodkas et tous les alcools distillés), soit la majeure partie du rayon spiritueux. Les vins, les bières et les cidres ne sont donc pas concernés par cette décision. Laquelle a été prise suite à l’augmentation constatées de violences dans le département depuis le début du confinement, le 17 mars.

« Les très nombreuses interventions des forces de l’ordre se font quasi systématiquement sur fond d’alcool, a souligné le représentant de l’État dans une vidéo qu’il a partagée sur les réseaux sociaux pour expliquer sa démarche. Ce n’est pas supportable, ni pour les victimes ni pour la société. Nous ne pouvons accepter de telles violences. » Reste que la distinction faite entre les alcools pose question.

Dans l’Aisne, le préfet avait pour sa part été plus radical. Une semaine après le début du confinement, l’arrêté interdisait en effet la vente à emporter de toutes les boissons alcoolisées. Mais face aux critiques et à l’avis d’addictologues soulignant les conséquences négatives possibles liées au manque, le haut magistrat s’était finalement rétracté quelques heures après la mise en place de l’arrêté. Sans parler du sentiment de privation de liberté pour le reste de la population dans une période où les frustrations sont d’ores et déjà très fortes.

L’Afrique du Sud l’interdit, le Québec s’y refuse

Ailleurs dans le monde, c’est à l’échelle de pays que la réflexion est menée. Ainsi, l’Afrique du Sud avait interdit toutes ventes d’alcool dès le début du confinement instauré fin mars. Vendredi, le chef de l’État sud-africain, Cyril Ramaphosa, a même annoncé le maintien de cette interdiction jusqu’au 30 avril. « En tant que tel, l'alcool ne peut être considéré comme un bien essentiel. C'est même un obstacle à la lutte contre le coronavirus », a déclaré le président de l’un des pays africains les plus touchés par le covid-19. Il a également rappelé les « liens avérés » entre l'alcool et la criminalité, les accidents de la route et autres urgences médicales.

À contre-courant de ce type de décisions, le Québec a maintenu l’ouverture des magasins spécialisés dans la vente d’alcool gérés par une société d’État, la SAQ. D’après l’AFP, le Premier ministre François Legault a parlé de risque de « chaos » en cas de fermeture, ajoutant que « parfois, un verre de vin peut aider » à réduire le stress. « Si on avait fermé les magasins vendant de l’alcool, il y aurait eu une perte potentielle de revenus importants pour les gouvernements », a souligné Catherine Paradis, analyste au Centre canadien sur les dépendances et l’usage des substances, précisant que la vente d’alcool rapporte chaque année environ 411 dollars par Canadien à l’État. Enjeux financiers et sanitaires, risques accrus de violences, sevrage brutal possiblement dangereux, la question de la consommation d’alcool s’est invitée au rang des préoccupations de cette crise sanitaire.

LE MAGAZINE DES BOISSONS EN GRANDE DISTRIBUTION

● L’expertise du seul magazine dédié aux boissons en GMS
● De nombreux reportages en magasins, enquêtes et dossiers produits
● L’évolution chiffrée et les tendances fines du rayon liquides et vins

Profitez d'une offre découverte 3 mois