Bernard Reynès, Député maire UMP des Bouches-du-Rhône

En cette matinée de janvier, Bernard Reynès reçoit ses administrés à Châteaurenard au siège de sa permanence parlementaire. La cinquantaine grisonnante, l’homme est direct, d’un entrain communicatif, même s’il ne cache pas son inquiétude sur la situation financière dégradée du pays. Dans sa circonscription, la crise sévit sur un autre terrain, celui de l’agriculture. Bientôt dix ans que ce bastion de la production fruitière et maraîchère française va mal. Au sein des exploitations, les prix de vente flanchent, structurellement, en dessous des coûts de production. Les friches gagnent du terrain. Cette réalité, le dentiste de Châteaurenard la côtoie au quotidien et, au premier chef, dans sa commune.

Maire puis député, la défense de l’agriculture française est l’un de ses combats prioritaires. Pour le député, la perte de compétitivité des exploitations françaises tient, notamment, à la cherté du coût du travail par rapport aux autres pays de l’Union européenne. L’exemple allemand l’en a convaincu. Outre-Rhin, les paysans tirent leur épingle du jeu. Mieux : la surface agricole utile (SAU) gagne 10 % chaque année.

Lors de l’adoption de la loi de modernisation agricole (LMA), en 2010, il fait donc voter un amendement pour que soit remis un rapport parlementaire sur le coût du travail en agriculture dans les six mois qui suivent le vote de la loi. Au début de l’année 2011, Bruno Le Maire, le ministre de l’Agriculture, le charge de cette mission. Elle débouche sur des propositions qui contiennent les germes de la taxe soda. Bernard Reynès suggère une augmentation de la TVA à 6,7 %, au lieu de 5,5 %, sur les produits non issus directement de l’agriculture, à savoir les boissons sucrées, avec sucre ajouté et édulcorées. La recette financerait les allègements de charges de charges patronales et salariales des agriculteurs. Inacceptable pour Bercy qui y voit une coupe trop importante de ses ressources.

Le député revoit sa copie et propose une « simple » taxe dont le montant est plus élevé que l’actuelle. Les services du ministère des Finances et du Premier Ministre sont toujours frileux. La négociation est ardue, mais l’homme a de la détermination : « On ne fait pas un rapport pour se faire plaisir », lâche t-il. Qui plus est, il compte sur le soutien de l’Élysée et du ministre de l’Agriculture. Sur ses conseils d’ailleurs, il part défendre son dispositif à Bruxelles. « Il ne devait pas être assimilé à une aide d’État, explique Bernard Reynès. Nous avons mis en avant la précarisation des emplois dans le secteur agricole et leur préservation. » La proposition de loi est ficelée.

Coup de théâtre à la fin de l'été 2011 ! François Fillon lance une OPA médiatisée, des travaux du député. Les gains de la nouvelle fiscalité sur les boissons combleront le déficit du budget de l’État. « Je l’ai très mal pris », se souvient Bernard Reynès, même s’il dit, aujourd’hui, comprendre la motivation du Premier Ministre. Il monte au créneau, reçoit le soutien d'une partie des parlementaires de la majorité, notamment ceux de la Droite Populaire.

Le député se lance dans d’âpres négociations avec en toile de fond les échéances électorales du printemps 2012. Bernard Reynès rappelle au Premier Ministre les promesses faites aux agriculteurs par le gouvernement. Le 11 octobre Nicolas Sarkozy tranche en faveur de l'élu des Bouches-du-Rhône. La moitié des 240 millions d'euros des recettes espérées par la nouvelle taxe financera la réduction des charges sociales des salariés des exploitations agricoles.

Orangina plutôt que Coca

Contre toute attente, Bernard Reynès obtient 40 millions d'euros supplémentaire pour l'Agriculture en élargissant le dispositif aux boissons édulcorées, au grand désespoir de Coca Cola. « Ce groupe réalise une part importante de son activité en France avec le light, justifie le député. La fiscalité devait être équitablement répartie entre les fabricants de boissons gazeuses. Nous ne voulions pas favoriser tel ou tel opérateur au détriment d'un autre. » Allusion à Orangina qui, aux dires de l’élu, aurait eu une approche plus « constructive ». « Ses responsables ont reconnu avoir une fiscalité avantageuse et se sont montrés prêts à faire des efforts», glisse t-il . Surtout Coca-Cola aurait manqué de finesse. Bernard Reynès n’a pas apprécié le chantage aux emplois et aux investissements du fabricant de soft-drinks concernant le site de Pennes-Mirabeau dans les Bouches-du-Rhône. En bon méridional, le député a rendu coup pour coup. Coca-Cola l'a appris à ses dépens.

Chantal Sarrazin avec B.Mo.

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