La grande enquête de Rayon Boissons

Les dégâts de la guerre des prix

13 mai 2013 - Marc Reidiboym

« En 10 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça !, tonne ce négociant en vins. Des acheteurs qui refusent d’emblée d’examiner nos conditions et nous demandent encore des baisses de tarif au 5ème rendez-vous, alors que tout le monde court après les volumes, ce n’est pas normal ». Il n’est pas seul à penser de la sorte. Achevées officiellement le 28 février dernier, les négociations 2013 se sont déroulées dans un climat détestable. Les rares fournisseurs qui acceptent de s’exprimer sur le sujet en sont ressortis amers, voire franchement remontés contre les enseignes. Deux mois et demi plus tard, la fièvre est loin d’être retombée et les conséquences économiques et légales de l’épisode, encore devant nous.

« Des méthodes d’un autre âge »

Le 4 mars dernier, déjà, l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) se fendait d’un communiqué rageur où elle dénonçait des enseignes « sans foi ni loi » qui « étranglent leurs fournisseurs » et « menacent le modèle alimentaire français ». En clair, l’organisme brandissait rien moins que la menace d’une disparition à terme de l’industrie alimentaire hexagonale sous les coups de boutoir de la grande distribution ! Il détaillait ensuite les pratiques incriminées : refus systématique des hausses de tarifs, absence de contrepartie aux réductions de prix, engagements contractuels non tenus, pressions économiques et psychologiques, etc.

« On retrouve des méthodes inacceptables qui avaient disparu, estime Jean-René Buisson, président de l’Ania. Il est temps que les distributeurs prennent leurs responsabilités et acceptent de payer le juste prix des produits. S’ils n’en prennent pas conscience eux-mêmes, il va falloir les y contraindre ». Un réquisitoire en forme de menace qui, malgré les apparences, vise surtout les pouvoirs publics. Entrée en vigueur en janvier 2009, la loi de modernisation de l’économie (LME), dans son volet « concurrence », a rendu possible une pratique commerciale interdite depuis la fin des années 50 : la discrimination tarifaire.

Concrètement, la haute main dont bénéficiaient depuis des décennies les fournisseurs sur leurs tarifs et l’interdiction faite aux distributeurs de les remettre en question pour obtenir des conditions plus avantageuses que leurs concurrents – c’est là qu’était la « discrimination » aux yeux du législateur de l’époque – étaient purement et simplement abolies.

Les grands industriels et leurs représentants n’ont jamais digéré la LME, conçue pour en finir avec les marges arrière mais catastrophique, selon eux, en période de guerre des prix. Et il est clair que l’Ania verrait d’un bon œil le retour à des pratiques plus restrictives inspirées de la loi Galland, entrée en vigueur en 1996 pour renforcer l’arsenal juridique préexistant.

Et la consommation, dans tout ça ?

Il n’en fallait pas plus pour faire réagir les enseignes et notamment la plus impliquée d’entre elles sur ces questions : Leclerc. Sur son blog personnel, son président, Michel-Edouard Leclerc, s’employait il y a peu à défendre une loi dont il fut l’un des inspirateurs. « Certains appellent à une remis en cause de la LME sous prétexte de mettre fin à « la guerre des prix bas », indique-t-il en substance. La conséquence prévisible, c’est l’augmentation de produits comme le Coca, le Ricard ou l’Evian de 15 %. Alors que la consommation est le dernier moteur – poussif – de notre croissance, toute réforme qui fera le jeu de quelques grosses entreprises cotées au détriment du pouvoir d’achat de millions de consommateurs me trouvera sur son chemin ».

La Fédération des entreprises du Commerce et de la Distribution (FCD), qui représente les enseignes intégrées, est peu ou prou sur la même ligne. « Sans notre capacité de négociation, sans la LME, précisait-elle mi-mars dans un communiqué, les prix des produits alimentaires auraient augmenté de près de 5 % en 2013, ce qui serait inacceptable pour le consommateur dans le contexte actuel ».

Seul Système U détonne dans le chœur pour une fois quasi harmonieux des distributeurs alimentaires. Le groupement s’est même retiré de la FCD en fin d’année dernière pour pouvoir librement faire entendre sa voix. « Cette guerre des prix porte sur les grandes marques, pas sur les produits des PME, juge Serge Papin, président de Système U. Pourtant, ce sont les PME qui la financent car si l’on ne fait pas de marge sur les grandes marques, il faut bien en trouver ailleurs ». Et le responsable de résumer la situation par une formule destinée à marques les esprits : « c’est le coco de Paimpol qui finance le Coca d’Atlanta ! » [...]

Vous avez lu 10 % de l'enquête. Les 90 % restant sont à lire exclusivement dans le N° de mai 2013 du magazine Rayon Boissons.

Renseignements : Anne Pillet au 02 99 32 21 21 ou http://www.rayon-boissons.com/Gagnez-du-temps-en-vous-abonnant-en-ligne!

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