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Roger Padois, directeur général associé de la source des Abatilles

7 Juillet 2009
Roger Padois (photo Rayon Boissons)

« Il se rachète une conscience ! », s’amusent ses proches. C’est peu dire. Après 35 ans d’activité dans le secteur du tabac, Roger Padois est devenu minéralier voilà un an. Associé à Olivier Bertrand, il a repris en juillet 2008 la source des Abatilles à Nestlé Waters. « Ce fut avant tout une opportunité sentimentale , explique cet Arcachonnais pur souche âgé de 61 ans. J’ai entendu parler de la vente des Abatilles en 2006 lorsque j’étais vice-président de la compagnie Gallaher Limited aux Iles Canaries ». Son attachement à la ville d’Arcachon et à son eau de source qu’il connaît depuis l’enfance l’a emporté sur la raison. Bien conscient qu’il fallait tout reprendre de zéro, l’enfant du pays n’hésite pas à se lancer dans l’aventure. Quand bien même le marché des eaux est en déclin depuis quelques années. « Il ne voulait pas laisser tomber la source entre de mauvaises mains », confirme sa fille Marie-Jane Padois, devenue responsable marketing au sein de la Société des Eaux Minérales d’Arcachon (SEMA).

Enfant du pays

Le challenge de Roger Padois s’annonce difficile à relever. « Pour la reprise, Nestlé Waters nous a demandé de maintenir les salariés et les salaires pendant au moins deux ans. Nous espérons bien garder tous les emplois d’ici juillet 2010 », souligne l’entrepreneur. Dans ces conditions, pas le temps de traîner ! Surtout qu’au moment du rachat, Nestlé Waters a retiré la production dédiée à la marque d’eau de source Aquarel. Une activité non négligeable de 16 millions de cols par an pour un total de 450 000 euros de chiffre d’affaires. L’Arcachonnais ne baisse pas les bras pour autant. « Mon objectif est d’atteindre le niveau de production de l’usine en 2006, soit 50 millions de cols par an », explique Roger Padois.

L’échéance est courte pour les salariés de l’entreprise. « En 2010, nous devons atteindre l’équilibre, rappelle sa fille. Nous travaillons d’arrache-pied pour y parvenir ».

Six mois seulement après le rachat, Roger Padois et son équipe lancent dans les hypers et supers aquitains l’eau de source des Pins depuis l’ancien forage d’Aquarel. Cette eau premier prix est vendue autour d’un euro le pack de 6 x 1,5 l, en concurrence frontale avec Cristaline. De son côté, l’eau minérale Abatilles bénéficie depuis juin d’une nouvelle étiquette. Et 300 000 euros ont été alloués à la communication. Voilà qui tranche avec les trois dernières années de silence sous l’ère Nestlé.

La nouvelle campagne, où quelques salariés toutes générations confondues posent avec un membre de leur famille, s’affiche depuis juin 2009 sur 700 panneaux autour de Bordeaux et d’Arcachon et dans la presse locale. « Notre volonté est de dire aux consommateurs aquitains qu’elle est leur eau et qu’elle traverse toutes les générations », explique Marie-Jane Padois. Autre nouveauté en chantier : la déclinaison en septembre 2009 d’une version gazeuse baptisée Cristal Abatilles pour la restauration. Pour cela, l’installation d’une nouvelle ligne d’embouteillage mixte, eau plate et gazeuse, en plastique et en verre devrait voir le jour prochainement.

Entrepreneur infatigable

Cette volonté se heurte néanmoins aux réalités du terrain, notamment en grande distribution. La nouvelle équipe dirigeante en a conscience. Deux chefs de vente supplémentaires ont ainsi été embauchés afin de mieux couvrir les points de vente en Aquitaine. Mais le défi en GMS s’annonce certain.

Pour la restauration en revanche, Roger Padois possède un atout de taille. Olivier Bertrand, son associé et ami, est propriétaire d’une centaine de restaurants et de brasseries dans Paris. Récemment, il a acheté le réseau de distribution CaféIn au brasseur AB-Inbev. La complémentarité des deux hommes est sans appel. « C’était l’associé idéal, avec une puissance financière suffisante et un débouché commercial immédiat », justifie Roger Padois. Pour autant, les deux amis n’envisagent pas forcément d’acquérir de nouvelles sources. Et quand on rappelle à Roger Padois que Nestlé Waters semble vouloir se délester d’autres marques d’eaux régionales, il sourit : « Nous pourrions peut-être en reprendre une s’il nous fait une remise pour l’achat de deux ! ».

Léa Lesurf

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