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Portrait de Mathilde Boulachin, DG des domaines Pierre Chavin

25 Septembre 2017

Créatrice des Domaines Pierre Chavin il y a sept ans, Mathilde Boulachin ne cesse d’innover et d’explorer de nouvelles niches de marché. Une stratégie atypique dans l’univers très traditionnel du vin.

Photo Rayon Boissons

La récompense est tombée un matin de décembre 2016. Ce jour-là, Mathilde Boulachin, directrice générale des Domaines Pierre Chavin, reçoit le trophée « Performance Éco » de l’organisation Women Equity. Ce prix, qui met chaque année en lumière des dirigeantes issues de tous les secteurs d’activité, salue entre autres « une dynamique de croissance remarquable ».

Et pour cause ! Sept ans à peine après sa création, sa société basée à Béziers (34) génère déjà la bagatelle de 11 millions d’euros, la majorité réalisée à l’export. De quoi faire pâlir d’envie nombre de négociants bien installés. Il faut dire que peu de maisons, en France, auraient osé lancer leur activité sur une offre de vins sans alcool, comme Mathilde Boulachin l’a fait. Quand en 2010, cette Champenoise d’origine crée les Domaines Pierre Chavin avec son associé Fabien Gross, ex-acheteur et vinificateur pour les Grands Chais de France, son premier lancement est une gamme de mousseux désalcoolisés signée Hello Kitty pour le compte d’un importateur scandinave. « J’ai choisi de prendre le contre-pied de ce qui se fait aujourd’hui dans le négoce. J’écoute d’abord la demande des marchés puis ensuite je conçois des produits sur-mesure », raconte l’entrepreneuse. Question de bon sens, dirait-on, renforcé par une pointe d’intuition féminine et une bonne dose d’audace.

Dans l’univers traditionnel et ultra-concurrentiel du vin, la jeune femme de 38 ans ne cesse d’étonner. Dans son portefeuille, le classicisme des grandes appellations tricolores laisse place à une centaine de produits uniques et bien markétés sur des segments de niche tel le sans alcool, le bio ou encore les poches souples. « Tous les marchés n’ont pas la même connaissance du vin et pas les mêmes a priori », reconnaît celle qui s’attelle à dérider les traditions françaises. Ainsi, ses mousseux à 0° emplis de paillettes d’or font un carton au Moyen-Orient, de même que ses côtes-de-provence premium en Bag-in-box® ou ses vins de cuisine connectés en Europe du Nord. Peu lui importe de casser les codes. Comme elle aime à le répéter : « J’ai un pied dans la tradition et un pied dans l’hyper-modernité. »
Cette ouverture d’esprit, Mathilde Boulachin l’a cultivée lors de ses cinq années passées à importer du vin dans les pays nordiques. De cette expérience, celle que ses collaborateurs tutoient et appellent par son prénom a également ramené une méthode de travail et une rigueur toute scandinave. « Je mets tout en œuvre pour créer des conditions de travail motivantes qui stimulent la créativité », commente cette passionnée de marketing, qui cherche à conférer un maximum de responsabilités à sa petite équipe de quinze salariés.
L’enchaînement des salons, l’acquisition dès 2010 d’un domaine à Pézenas (34) pour assurer ses approvisionnements, tout comme l’ascension fulgurante de sa start-up n’empêchent pas Mathilde Boulachin de donner naissance à deux enfants en 2010 et 2012. Au contraire, cette longue période « d’abstinence » au cœur de sa carrière la conforte définitivement dans ses choix. « La maternité m’a donné l’occasion de mesurer à quel point l’offre sans alcool n’est pas adaptée sur le marché hexagonal », confie-t-elle. Avant d’ajouter : « ce ne sont pas les consommateurs qu’il faut convaincre, mais plutôt les acheteurs de la grande distribution. » Un milieu d’hommes, amateurs de bons vins, moins sensibles aux charmes d’un breuvage à 0° qu’à ceux de sa créatrice. Mais peut-être plus pour très longtemps.

Léa Lesurf

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