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Portrait de Joseph Helfrich, PDG des Grands Chais de France

16 Octobre 2018

À l’occasion des 25 ans de Rayon Boissons et de l’arrivée de J.P. Chenet en France, Joseph Helfrich a accepté de nous livrer sa vision très internationale du monde du vin. Une prise de parole aussi rare que passionnante.

Photo DR pour Rayon Boissons

« Vous devriez essayer, je sens qu’il est prêt à parler. » Un proche collaborateur de Joseph Helfrich, PDG des Grands Chais de France, nous avait donné l’espoir de réaliser enfin une interview de son patron. Profitant des 25 ans de Rayon Boissons et de l’arrivée de J.P. Chenet dans l’Hexagone, le numéro deux du vin en France a fini par accepter nos avances, avec son style. « Je veux bien vous parler mais n’écrivez rien ! » Pas de doute, celui dont la porte est toujours ouverte pour ses équipes en interne ne goûte que modérément la presse.

Mais à bientôt 62 ans, il s’est finalement livré sur le monde du vin et sur J.P. Chenet, une marque à laquelle il tient tout particulièrement. « C’est l’emblème du groupe et la synthèse parfaite que je fais du marché international, affirme celui qui a imaginé la bouteille en 1984 avec son plus proche collaborateur de l’époque, Jean-Paul Chanel. J.P. Chenet a vocation à plaire au plus grand nombre de consommateurs à travers la planète et je trouve ce défi terriblement excitant. » Avec 85 millions de cols vendus dans 173 pays, il reste encore quelques territoires à conquérir mais il n’est pas loin d’avoir fait le tour du globe.
L’axe franco-allemand
Plus que tout autre négociant de l’Hexagone, le fondateur des Grands Chais de France a toujours regardé au-delà des frontières. « En Alsace, je suis au centre de la vieille Europe que j’ai toujours considérée comme étant mon marché principal car le plus accessible, précise le dirigeant. Je suis plus proche de Berlin et d’autres capitales que de bon nombre de villes françaises. C’est ma force de pouvoir intervenir directement dans la grande distribution européenne. » À ce titre, le rachat outre-Rhin de Binderer il y a un an ne fait que renforcer l’axe franco-allemand sur lequel s’appuie le groupe. « Cela nous a permis de conforter nos positions dans un pays très important, poursuit Joseph Helfrich qui réalise 80 % de son chiffre d’affaires à l’export. Mais notre connaissance de l’Europe nous a offert des business parfois inattendus, comme la Hongrie où nous pesons 20 % des importations. »

De là à imaginer un rapport ambigu avec la France ? « Pragmatique plutôt qu’ambigu, répond le PDG. Je suis un faiseur de marques internationales et force est de constater que le marché français n’est pas le plus réceptif sur ce segment. Mais attention, mes équipes savent s’adapter à la demande et je vends quand même plus de 80 millions de bouteilles en France ! » Avec des marques, certes, mais aussi des produits de terroirs.
Un jour devant Castel ?
Car au niveau de l’offre, Joseph Helfrich se pose cette fois-ci en véritable défenseur des vins français qu’il juge comme étant « la référence sur le plan international. » Ce n’est pas pour rien que l’entrepreneur a multiplié les rachats dans les principaux vignobles d’appellations (cf. encadré ci-contre). Des opérations sur lesquelles il s’est, au passage, souvent confronté avec Pierre Castel dont il loue les « marques franco-françaises ». Si Joseph Helfrich, avec son milliard d’euros de chiffre d’affaires, reste derrière le groupe Castel (1,3 Mds€), il ne semble pas en prendre ombrage. « La seule chose qui me frustre, c’est de ne pas vendre plus de vin. » Une frustration qui pourrait un jour le mener sur le toit du monde.
Frédéric Guyard

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