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Portrait d'Emmanuel Faber, nouveau PDG du groupe Danone [J.Be.]

19 Décembre 2017

Franck Riboud vient de céder les manettes de Danone à son poulain, Emmanuel Faber. Fréquemment qualifié d’ascète et d’introverti, le nouveau PDG du groupe agroalimentaire est un fervent défenseur de la justice sociale.

Photo DR pour Rayon Boissons

Le moment est historique et la date restera gravée dans tous les esprits. Le vendredi 1er décembre, Franck Riboud, le fils du fondateur de Danone, à la tête du groupe depuis 23 ans , a donné les pleins pouvoirs à son dauphin Emmanuel Faber. Cette décision met fin à la période de présidence renforcée qui aura duré trois années. Laps de temps durant lequel les deux hommes ont conjugué leurs talents et formé un duo soudé. D’ailleurs, lors de leur ultime grande apparition publique le 12 septembre dernier à l’inauguration du nouveau site d’embouteillage d’Evian à Amphion-les-Bains (74) en tant que PDG pour Franck Riboud et directeur général pour Emmanuel Faber, les deux dirigeants avaient peine à cacher leur complicité. « Il y a une ambiance particulière chez Danone, nous confiait un collaborateur du groupe lors de la manifestation. C’est une entreprise affective. »

De l’eau a coulé sous les ponts depuis 1997, date d’arrivée d’Emmanuel Faber, alors âgé de 33 ans, au sein de la famille Danone. Recruté par Franck Riboud lui-même, l’ancien directeur finances, stratégies et systèmes d’information du groupe l’admet volontiers. Emmanuel Faber a beaucoup appris auprès de son prédécesseur et lui voue une grande fidélité. À 62 ans, l’ancien dirigeant devient président d’honneur tout en restant administrateur de l’entreprise et membre du comité stratégique du conseil.

Désormais à la tête d’un géant mondial de l’agroalimentaire qui réalise un chiffre d’affaires de 22  milliards d’euros et emploie 110 000 personnes, Emmanuel Faber doit faire face à un marché en pleine mutation. « Nous vivons en ce moment une véritable révolution de l’alimentation, relevait-il lors de son apparition à Evian. La pertinence des marques, leur intégrité, leur transparence, sont des facteurs de choix de plus en plus importants pour nos consommateurs. »

Sa tâche ne s’annonce pas simple. D’autant plus que les ambitions du groupe sont de taille. Danone s’est engagé sur un plan à horizon 2020 auprès de ses actionnaires et Emmanuel Faber entend le respecter. Le nouveau patron du groupe a d’ailleurs initié un plan d’économies d’un milliard d’euros et procédé au resserrement de son comité exécutif afin de gagner en agilité et en réactivité. Sur le pôle eau, « le groupe vise une croissance organique mondiale comprise entre + 5 % et + 10 % via une stratégie de portefeuille et de valorisation », avance Emmanuel Faber. Sans oublier les efforts portés sur les aspects environnementaux. À ce titre, avec le premier site agroalimentaire français certifié neutre en carbone, « Evian est au cœur du futur de Danone », souligne le nouveau PDG.

Un financier humaniste

Fidèle à sa vision humaniste, ce père de trois enfants défend ses convictions. « Une entreprise n’existe que parce qu’elle a une utilité sociale, insistait Emmanuel Faber lors d’une interview accordée à RTL Matin le 6 novembre dernier. La politique sociale, c’est comme prendre un Actimel le matin, cela fait partie des défenses immunitaires. » C’est avant tout cette dimension éthique qui a séduit le jeune financier à son arrivée chez Danone.

Discret, Emmanuel Faber a pourtant suscité de vives émotions suite au discours prononcé en juin 2016 devant les diplômés d’HEC, où il a étudié, évoquant le destin de son frère, aujourd’hui décédé, atteint de maladie mentale et plaidant pour la justice sociale. Mais ce combat l’anime de longue date. Dès 2006, il s’associait au prix Nobel de la paix, Muhammad Yunus, à l’origine de la première institution de micro-crédit, pour créer une coentreprise fabriquant des yaourts au Bangladesh. Catholique pratiquant, empreint de doutes, Emmanuel Faber mêle spiritualité et combativité. Un moine-soldat, en somme, comme l’aurait qualifié Franck Riboud, devenu général.

Justine Bessaudou

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