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Portrait

Dominique Hériard Dubreuil, ex-PDG du groupe Rémy Cointreau

26 Janvier 2013
Dominique Hériard Dubreuil ici photographiée en septembre 2011 lors de l'université d'été du Medef sur le campus de l'école HEC. L'ex-présidente de Rémy Cointreau a été aussi vice-présidente de la branche Medef international. (Photo DR pour RayonBoissons)

A 65 ans, Dominique Hériard Dubreuil vient de céder la présidence du groupe Rémy Cointreau à son frère François. A la tête du second groupe français de spiritueux pendant 14 ans, cette patronne aux multiples casquettes aura contribué à féminiser le cercle très masculin des « alcooliers ».

Une femme dans un monde d'homme. L'expression résume la position de Dominique Hériard Dubreuil qui vient tout juste de quitter la présidence du groupe Rémy Cointreau en novembre dernier. Sa carrière hors norme a démarré en 1988, lorsqu’elle est nommée à 42 ans directrice générale de Rémy Martin avant de devenir PDG de cette maison de cognac deux ans plus tard. Il y a 25 ans, les notions de parité et de représentativité des femmes à des postes de direction n'étaient pas d'actualité. Et l'univers des vins et spiritueux comptait peu « d'executive women ».

Certes, celle qui a participé au développement du salon international Vinexpo apparaissait comme une « héritière ». La famille Hériard Dubreuil dirigeait déjà Rémy Martin dès les années 1960, succédant aux Renaud. « Jusqu'à 17 ans, Dominique Hériard Dubreuil a vécu à Cognac, élevée avec ses frères, coprésidents de Rémy Martin », notaient en 1988 le Nouvel Observateur qui voyait « une jeune femme brune un peu sévère dans le cercle très restreint et très masculin des grandes maisons de cognac ». Toujours est-il qu'elle a été préférée à ses frères François et Marc.

Rémy Martin, la pépite du groupe

Cette opportunité a permis à Dominique Hériard Dubreuil de devenir ensuite présidente de Rémy Cointreau de 1998 à 2012 en pilotant au passage le second intervenant français des spiritueux - aujourd’hui plus ou moins ex aequo avec La Martiniquaise - juste après Pernod Ricard. Avec plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires et 111 M€ de résultat net réalisés lors de son dernier exercice clos au printemps 2012, le groupe familial se porte bien. Très bien même ! Ses ventes viennent encore de progresser de + 13 % entre avril et septembre 2012 pour un bénéfice qui bondit de + 83 %. Même si l'endettement de cette major des alcools a gonflé l'été dernier après l'acquisition du single malt écossais Bruichladdich pour 73 M€. Le dernier « coup » réalisé par Dominique Hériard Dubreuil avant d'abandonner la plus haute fonction. Elle qui souhait compléter son portefeuille avec un whisky premium après la cession de ses champagnes Charles et Piper-Heidsieck en 2011.

Origines charentaises obligent, Dominique Heriard Dubreuil garde un intérêt très fort pour le cognac. D'autant plus que Rémy Martin, qui réalise près de 60 % des ventes du groupe, n'a jamais été aussi rentable. Mais cette femme de tête, impliquée dans de nombreuses sociétés comme administrateur de Baccarat ou encore membre du conseil de surveillance de Wendel ne néglige pas Cointreau, historiquement élaboré à Angers. « Nos marques sont reconnues comme des expressions du terroir français. Elles font parties de l'aura de la France en matière de produits de luxe et de qualité », indiquait Dominique Hériard Dubreuil en septembre 2010 aux dirigeants du Medef. Une organisation patronale où elle a obtenu des responsabilités aux côtés de Laurence Parisot la présidente et de Dominique Reiniche, patronne de Coca Cola Europe, également cadre du Medef.

Promotion des femmes chez Rémy Cointreau

A l'intérieur de son groupe, Dominique Hériard Dubreuil a d'ailleurs promu des femmes à des postes longtemps considérés comme masculins. En choisissant notamment « une » maître de chais, Pierrette Trichet, pour Rémy Martin. De même que celle qui veille sur la distillation de Cointreau se nomme Bernadette Langlais. Cette féminisation n'empêche toutefois pas le directeur général du groupe de s'appeler Jean-Marie Laborde. Tandis que son frère François Hériard Dubreuil a pris sa place comme président il y a quelques semaines. Car Rémy Cointreau a aussi besoin d'hommes pour fonctionner.

Jean-Louis Laboissière

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