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Portrait

Alexandre Ricard, directeur général délégué de Pernod Ricard

21 Octobre 2013

Le 1er février 2015, Alexandre Ricard sera le véritable patron opérationnel de Pernod Ricard. À 41 ans, le petit-fils de Paul et neveu de Patrick va perpétuer la saga familiale du géant mondial des spiritueux. A priori discret, celui qui s’est progressivement imposé comme le successeur devra se forger un prénom.

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« Il a le nom et le profil », disait de lui Patrick Ricard lors d’un entretien accordé au Point en 2011. Car son oncle lui avait déjà tracé la route vers le sommet avant même de décéder brutalement le 17 août 2012. Petit-fils de Paul, Alexandre Ricard n’était pourtant pas program­mé pour devenir le PDG du groupe Pernod Ricard dès son plus jeune âge. Les Ricard ayant toujours considéré que les postes à responsabilité se méritaient dans leur société, y compris et surtout pour les membres de la famille.

« Tous les Ricard n’ont pas vocation à diriger l’entreprise », aimait ainsi répéter Patrick. Ce qui n’a pas empêché sa sœur, Danièle Ricard, de devenir récemment présidente du conseil d’administration… La famille fondatrice possédant encore 14 % du capital et 20 % des droits de vote d’un groupe qui pèse 8,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires et dégage 1,2 milliard d’euros de bénéfices.

Reste qu’Alexandre Ricard, parmi ses sœurs et ses cousins et cousines, avait quand même quelques solides atouts en poche pour grimper si haut. Une ascension que certains qualifieraient de revanche d’une branche familiale puisque son père, Bernard, le frère de Patrick, avait été prématurément écarté de la direction du groupe dans les années 1970.

À 41 ans aujourd’hui, cela fait dix ans qu’Alexandre gravit pas à pas les marches au sein du second acteur mondial des spiritueux. Habitué aux langues étrangères, celui qui a passé une partie de son enfance et de son adolescence en Andorre et aux États-Unis, a été cadre du service audit et développement de la holding à Paris, directeur administratif d’Irish Distillers puis PDG de cette filiale irlandaise notamment en charge de Jameson ou encore à la tête de Pernod Ricard Asie duty free. Cela, avant d’occuper des responsabilités encore plus importantes en tant que directeur général adjoint du groupe en 2011 parmi un « carré d’as » puis directeur général délégué en 2012 où il a définitivement été promu N°2 de Pernod Ricard.

En attendant la consécration du 1er février 2015, moment où Pierre Pringuet, l’actuel dirigeant du groupe, prendra sa retraite, pour qu’Alexandre devienne vraiment le grand ! « Pour l’instant, nous travaillons en binôme jusqu’au bout avec Pierre Pringuet », indique sobrement Alexandre Ricard lorsqu’on évoque l’avenir.

Longtemps discret sur la scène médiatique, celui que ses amis appellent « Alex » n’a pas la faconde du méridional. Sudiste par ses origines, il a fréquenté la Capitale. Ses interventions, aujourd’hui plus nombreuses auprès de la presse, restent mesurées dans leurs annonces et le propos sérieux se limite souvent à l’analyse des marques et des marchés. Pas de petite phrase ni de bons mots com­me ceux distillés par l’oncle Patrick… Du moins pas encore.

Né le même jour que son oncle

Mais n’allez pas croire qu’Alexandre n’a pas la flamme ! « Je suis passionné par ce que je fais car nos marques sont associées à tous les instants agréables », lance celui qui semble fan de nouvelles expériences. « L’innovation ne doit pas concerner que les produits mais aussi la manière de les vendre », insiste Alexandre Ricard en voulant que les consommateurs vivent une expérience à travers ses alcools. Faire du sur-mesure à l’image de ce qu’a réalisé le champagne Perrier-Jouët il y a quelques années en permettant à 100 clients privilégiés d’élaborer leur propre cuvée l’intéresse beaucoup.

Cette soif de créativité ne devrait pas détourner l’héritier de l’inventeur du pastis de Marseille de l’objectif souvent annoncé par son groupe : devenir le N°1 du secteur devant le grand rival Diageo. Pour y parvenir, il faudra certainement réaliser quelques acquisitions d’envergure, à la manière des opérations menées par Patrick Ricard. Alexandre est né un 12 mai comme son oncle. Un signe…

Par Jean-Louis Laboissière

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