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Transport : la chasse aux camions à vide [M Reidiboym]

8 Juin 2010
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[...] « En 2009, les transporteurs subissaient encore les effets de la crise et cherchaient des clients, constate Louis-François Gombert, directeur financier et supply chain d’Orangina-Schweppes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La situation s’est retournée très rapidement et l’été risque d’être tendu sur certaines dessertes ». Signe des temps, les tarifs du transport sont repartis à la hausse cette année après une baisse en 2009. Tout le monde ou presque s’attend à une aggravation de la tendance dans les années qui viennent.

Dans ces conditions, tout ce qui peut permettre d’optimiser les dessertes existantes est bon à prendre. Et chasser les kilomètres parcourus à vide est l’un des moyens les plus simples d’y parvenir. Cette logique est depuis toujours celle des transporteurs, dont l’intérêt évident est de « charger » sur le trajet retour pour maximiser leur chiffre d’affaires. Mais ce qui se faisait jadis au coup par coup, au gré des opportunités, tend aujourd’hui à se systématiser via des démarches collectives.

Coca-Cola a ainsi signé l’an dernier un « contrat de progrès » avec Casino. Objectif : une fois les magasins franciliens livrés, profiter du trajet retour des camions Easydis – la filiale de Casino dédiée à l’approvisionnement – vers leurs plateformes pour charger des palettes à l’usine Coca-Cola de Grigny (91). D’abord testé l’an dernier sur la plateforme de Besançon (25), le dispositif a été étendu cette année sur celle de Montmorillon (86). Bilan : 400 camions en moins mis sur les routes chaque année pour 117 000 km de trajet à vide éliminé, soit l’équivalent de 125 tonnes de CO2.

« Cette démarche participe à nos efforts de réduction des émissions et nous étudions son extension aux plateformes de la moitié Sud », indique Arnaud Rolland, responsable développement durable de Coca-Cola Entreprise. Une particularité de l’entreprise, en effet, est d’exploiter cinq sites d’embouteillage en France, dont un à Marseille et l’autre près de Toulouse. La géographie industrielle de la France est ainsi faite que les trajets sud-nord, on le sait, se font souvent à vide. Il y a donc du potentiel sur ces dessertes. Quant à savoir quelle économie l’opération représente pour l’industriel, Coca-Cola n’avance aucun chiffre. Tout porte à croire qu’un transport effectué en « franco presté » par Casino sur son trajet retour demeure toutefois moins cher que le même trajet ad hoc effectué par un transporteur.

Les enseignes offrent leurs « services »

« Sur ce type d’opération, nous proposons un avantage tarifaire significatif tout en restant raisonnable pour ne pas casser le marché», confirme Ronan Le Corre, directeur logistique de Système U Ouest. En clair, un rabais de 5 à 10 % par rapport aux tarifs en vigueur chez les transporteurs. Pas étonnant que les retours à vide intéressent au plus haut point les fournisseurs… Jouant les prestataires, les enseignes sont d’ailleurs les premières à venir les solliciter.

Implanté au cœur d’un vaste bassin de production agroalimentaire, Système U Ouest est ainsi passé maître en la matière. Constatant que 60 % des six millions de palettes réceptionnées chaque année par ses entrepôts provenaient de sites industriels ou de stockage basés dans l’Ouest, la centrale régionale des Nouveaux Commerçants est allée voir un à un ses fournisseurs pour leur proposer ses services. Avec succès, semble-t-il : 2,5 millions de palettes sont aujourd’hui enlevées par le distributeur, soit 42 % du total. Leur nombre dépassait à peine les 10 % début 2009, au lancement de la démarche. « Cela représente 24 000 mouvements de camions en moins chaque année, soit environ 20 000 tonnes de CO2 », se réjouit Ronan Le Corre. Dans les liquides, l’Abeille à Cholet ou les sources de Cristaline de l’Ouest sont par exemple concernées.

L’étape suivante consiste à élargir l’expérience à l’échelon national, comme Système U s’y emploie actuellement sur le vin. Plutôt que de laisser, chez un petit producteur de vins de Loire, la région Sud enlever 10 colis le lundi, l’Ouest 20 colis le mardi et l’Est, 10 colis le mercredi, pourquoi ne pas enlever ces trois commandes en un voyage ? La plate-forme la plus proche du producteur se charge de redistribuer ensuite les colis vers chaque région destinataire. Avec, là encore, une réduction des kilomètres parcourus et une économie pour le groupement.

Même logique pour les livraisons directes en magasins, plutôt réservées hypers. Jadis dominantes, elles se sont considérablement réduites avec la création par les distributeurs de plateformes constituant la clé de voûte de leur organisation logistique. Elles refont aujourd’hui leur apparition, à l’occasion notamment d’opérations promotionnelles. C’est le cas par exemple des « gros volumes » de Cora : Coca-Cola livre depuis février les magasins en direct, par camions complets. « Cet événement représente des quantités vendues importantes et l’enseigne livrait déjà nos produits par camions complets depuis ses plateformes, commente Arnaud Rolland. Il était plus judicieux de court-circuiter cette boucle, les kilomètres supplémentaires et la rupture de charge qu’elle entraîne ». [...]

Retrouvez l'enquête complète sur la Logistique Durable dans le numéro de juin 2010 de Rayon Boissons

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