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La fiscalité sur les alcools inhibe les effets de la LME sur le prix des boissons [Benoît Moreau]

6 Août 2009

Les boissons nagent à contre-courant de la spirale déflationniste qui s’abat sur les produits de grande consommation en hypers et supers. D’après les relevés de Rayon Boissons effectués dans 200 magasins de 11 enseignes différentes, les prix des marques nationales dans les vins et liquides auraient progressé de + 1,3 % entre le premier semestre 2009 et le premier semestre 2008. A titre de comparaison, les évolutions tarifaires en glissement annuel à juin 2009 s’établiraient, selon Nielsen, à – 3,6 % sur les articles de marques nationales au frais LS et à – 0,2 % sur ceux du DPH.

Cette inflation dans les boissons est toutefois à relativiser. La loi de modernisation de l’économie (LME), qui redonne de la souplesse dans les négociations commerciales et permet la réintroduction des marges arrière dans le prix de vente, a bien eu l’effet espéré dans le sans alcool. Toutes enseignes confondues, les baisses sur les produits de marques nationales oscillent de – 0,2 % pour les eaux embouteillées à – 1,3 % pour les BRSA (sirops, jus, soft-drinks).

L’impact de la LME est en revanche moins évident sur les marques de boissons alcoolisées. Les relevés de Rayon Boissons font en effet état de hausses annuelles de l’ordre de + 0,7 % pour les bières, + 1,8 % pour les spiritueux et + 4,2 % pour les vins tranquilles. « Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas procédé à des réajustements tarifaires sur les alcools, indique un distributeur. Au contraire, en accord avec les industriels, nous avons parfois consenti des efforts supplémentaires pour limiter les répercussions de la hausse de la fiscalité, notamment sur les alcools forts. » En début d’année 2009, le gouvernement a en effet décidé de relever de + 1,5 % les droits d’accises sur les boissons alcoolisées. Ce qui s’est traduit par un renchérissement certes limité à moins d’un centime pour un pack de bières ou une bouteille de bordeaux, mais de 12 centimes pour un litre de pastis ou de sept centimes pour un flacon de 70 cl de whisky. Lesquels spiritueux titrant plus de 25° ont en outre subi un relèvement sensible de + 23 % de la vignette Sécurité Sociale équivalent à une majoration supplémentaire de 36 centimes pour un litre de pastis et de 25 centimes pour 70 cl de whisky. « Toutes les augmentations n’ont pas été passées, relativise un industriel. Nous avons opté pour une répercussion progressive des hausses de la fiscalité sur une longue période.» Résultat : William Peel et Label 5 se sont contentés d’une majoration en rayon de l’ordre de + 1 % au premier semestre 2009 par rapport à la même période en 2008. Mieux, le litre de Ricard a, quant à lui, vu son PVC moyen reculer de – 0,6 % sur un an.

Raisonnables sur les références phares des spiritueux, les distributeurs se sont par contre lâchés sur certaines marques nationales de vins tranquilles. Avec en particuliers des hausses comprises entre + 5 % et + 8 % pour Malesan 75 cl, Vieux pape 4 x 75 cl et Listel gris 75 cl. « On a moins de scrupules à augmenter les prix sur les vins tranquilles, commente le directeur des achats d’une enseigne. Sur cette catégorie, les consommateurs n’ont pas de référentiels précis. En plus, les vins ne sont pas suivis dans les observatoires des prix et des marges de la DGCCRF.» Sans compter qu’à l’instar des produits agricoles, le vin subit des variations de cours importants d’un millésime à l’autre que les opérateurs doivent répercuter y compris sur leurs produits de marques. « Nous avons des niveaux de rentabilité bien inférieurs aux marques de bières et de spiritueux », relève un négociant. Et donc autant de marges de manœuvres en moins pour diminuer les tarifs.

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