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L'édito du mois

Casino et les spéculateurs [par Benoît Moreau, rédacteur en chef]

1 Février 2016

Le coup est aussi rude qu'inattendu. Surtout quand il vise un virtuose de la finance comme Jean-Charles Naouri, le PDG de Casino. L’agence de notation Standard & Poor’s veut en effet passer la dette de son groupe dans la catégorie des obligations spéculatives. La faute à une dégradation des performances du groupe au Brésil et à un endettement élevé. Ce décrochage s’ajoute aux soubresauts liés à des fonds qui parient sur un titre à la baisse.

Résultat : la valorisation boursière de Casino s'effondre. Le retrait du marché asiatique pour se désendetter ou l'annonce de l'arrivée du partenaire britannique Asda au sein de la centrale européenne EMD ne suffisent pas à rassurer les investisseurs. Le cours de l'action de Casino a été divisé de plus de moitié en l'espace d'un an pour se situer désormais bien en dessous des 40 euros.

Et pourtant ! Le début d’année 2016 devait marquer la consécration de la stratégie de reconquête des clients français, en particulier les hypermarchés qui constituent le talon d'Achille de Casino dans l'Hexagone. Des journalistes s'apprêtaient d'ailleurs à être conviés à découvrir, dans un magasin Géant, la mise en œuvre du nouveau concept plus conforme avec la réorientation discount de l'enseigne. En attendant, les hypermarchés du groupe récoltent les fruits de leur spectaculaire repositionnement tarifaire, révélé ici même il y a tout juste trois ans. Sur le 4e trimestre 2015, leurs ventes ont bondi de + 3 % à périmètre comparable. D'après les données de Kantar Worldpanel, Géant a attiré 120 000 foyers supplémentaires sur le seul mois de décembre 2015 par rapport à la même période un an plus tôt. Mieux : le panier moyen de l'enseigne ne progresse plus uniquement sur les volumes. Il s'est également revalorisé de 80 centimes d'euro.

En France, Leader Price affiche aussi une santé resplendissante. Sous l'effet de prix très agressifs et d'un parc gonflé par l’apport d'anciens Dia, rachetés à Carrefour, ainsi que par la transformation de Petit Casino en Leader Price Express, la part de marché de l'enseigne a culminé à 2,7 % en fin d'année dernière. Sur le dernier trimestre 2015, le trafic en magasins a, lui, explosé de + 6,7 %.

Les turbulences boursières de ces dernières semaines empêchent les dirigeants du groupe Casino de savourer, à sa juste mesure, le redressement de l'activité française. Elles pourraient même les contraindre à revoir à la baisse leurs ambitions hexagonales. Un véritable gâchis...

Le numéro de février 2016 de Rayon Boissons vient de sortir. Pour le recevoir ou vous abonner , contactez Anne Pillet au 02 99 32 21 21 ou sur rayon-boissons.com

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